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https://lefaso.net/spip.php?article148735
Ethnie, tribu, caste : Ces mots venus d’Occident qui brouillent la lecture de l’Afrique
Publié le vendredi 21 août 2026 à 22h48min
« Classer les hommes est parfois nécessaire pour comprendre la société. Les enfermer dans les catégories ne l’est jamais. ». La conviction est du Directeur de recherche Mamadou Lamine Sanogo. Explications dans la tribune ci-après.
Nous parlons volontiers d’« ethnies » et de « tribus » en Afrique, mais de « nations » et de « peuples » en Europe. Ce décalage n’est ni neutre, ni innocent : il peut transformer des identités historiques qui sont, le plus souvent des constructions mutantes et mouvantes, en catégories naturelles. Il faut donc faire attention aux théories dites scientifiques qui cachent souvent des relents de classification des espèces, de hiérarchisation, de discrimination, voire du racisme.
Mamadou Lamine SANOGO
Directeur de Recherche
Classer est nécessaire pour comprendre. Mais mal classer peut empêcher de comprendre. Chaque fois que nous affirmons qu’une population est une ethnie, une tribu, un clan ou une caste, nous donnons l’impression de désigner une réalité évidente. Et pourtant, ces mots ont une histoire. Ils sont nés dans des contextes intellectuels, politiques et administratifs particuliers, marqués par l’idéologie de leur temps avant d’être appliqués à des sociétés très différentes.
Le problème n’est donc pas seulement de savoir si tel ou tel groupe « est » une ethnie. La première question devrait être : que voulons-nous dire exactement par ethnie ? En d’autres termes, parlons-nous d’une langue commune, d’une origine revendiquée, d’un territoire, d’une religion, d’une culture, d’une catégorie administrative (administration coloniale) ou d’une mobilisation politique dans le contexte de l’ethno-démocratie (Abou Bamba DOUKARE (ABD) ? Tant que ce critère n’est pas précisé, le débat risque de tourner en rond. AnalyserL'Actualité Politique
On va s’arrêter un instant sur le pouvoir de nommer que s’est octroyé l’administration coloniale avec ses manifestations, même si nous allons nous abstenir de rentrer dans les conséquences. Ce détour va permettre de comprendre les choses ici et ailleurs :
1. Le Rwanda et le Burundi (Hutu / Tutsi) : Avant la période coloniale, les termes "Hutu" (agriculteurs) et "Tutsi" (éleveurs) désignaient des catégories socio-économiques. Une mobilité sociale existait : un Hutu s’enrichissant en bétail pouvait "devenir" Tutsi (kwihutura). Ils partageaient la même langue, la même religion et le même territoire. Et vint la colonisation avec d’abord les colonisateurs allemands suivis par les Belges qui vont appliquer le "mythe hamitique". Ils ont décrété que les Tutsis étaient une "race supérieure" d’origine caucasienne, plus apte à diriger. Ainsi, 1931, l’administration belge impose un recensement basé sur la possession de bétail et distribue des cartes d’identité ethniques obligatoires. Cette rigidification administrative a définitivement brisé la mobilité sociale et posé les bases des tensions menant au génocide des Tutsis en 1994.
2. Revenons chez nous en Afrique de l’Ouest d’abord en Côte d’Ivoire où les travaux de Jean-Pierre Dozon ont démontré que l’ethnie Bété est une création coloniale. En effet, pendant la période précoloniale, la région ouest de l’actuelle Côte d’Ivoire était composée de multiples micro-sociétés segmentaires, sans pouvoir centralisé ni conscience d’appartenir à un unique peuple "Bété".
Avec la colonisation, l’administration française avait besoin d’interlocuteurs et de main-d’œuvre identifiables. Comme expliqué dans les travaux du sociologue Jean-Pierre Dozon sur la création de l’ethnie Bété, les cartographes et administrateurs coloniaux ont regroupé sous l’étiquette extensive de "Bété" toutes les populations vivant entre Daloa et Sassandra. Face à cette catégorisation, les populations ont fini par adopter cette identité pour s’organiser politiquement.
Ensuite au Dahomey, actuel Benin, Hounkpati Capo a démontré que les colonisateurs ou les administrations politiques ont séparé et éclaté en plusieurs "ethnies" distinctes formant en réalité une seule et même communauté linguistique et culturelle : le continuum Gbe en créant les Éwé (Togo/Ghana), les Fon (Bénin), les Adja (Bénin/Togo), les Goun, ou encore les Gen (Mina) .
3. Dans le même élan, les Britanniques vont fixer de façon rigide le système des castes, certes complexe, mais relativement souple selon les régions et les époques. Ainsi, en 1871, lors du premier grand recensement général de l’Inde organisé par les Britanniques, des millions d’individus sont classés et figés dans quatre grandes castes strictes (varnas). Ils ont ainsi converti des identités sociales fluides en catégories juridiques rigides, déterminant l’accès aux emplois publics et à l’éducation, ce qui a exacerbé les fractures sociales indiennes.
Les amis Français vont faire exactement ce qu’ils ont fait des Bété en Indochine française avec l’invention des "Montagnards". En effet, les populations des hauts plateaux d’Asie du Sud-Est vivaient en marge des royaumes vietnamiens ou khmers, sans unité politique globale. La France va alors regrouper ces dizaines de groupes linguistiques distincts sous le terme générique de "Montagnards" (ou Degar). L’objectif politique était d’isoler ces populations de la majorité vietnamienne côtière pour contrer les mouvements nationalistes vietnamiens, créant une fracture identitaire artificielle qui persiste encore aujourd’hui. AnalyserL'Actualité Politique
4. Les Européens ne sont pas les seuls à avoir créé des différences ethniques sur le continent. Les Dioula, ont regroupé les locuteurs du Tagba, du Sicité, du Sipére, du Karaboro, du mamara... sous l’appellation sɛnɛfɔ (qui parle sɛnari = dialecte central) avant de substituer les patronymes de ce groupe par les leurs . Chez les mêmes Dioula toujours, le réservoir de main d’œuvre est appelé Samɔgɔ (de Saan = année et mɔgɔ = homme) pour désigner les travailleurs saisonniers. On y trouve outre les Senoufo, les Toussian, les Dzungo, les Pkrango, les Juwulu, Sambla, les Tiefo, les Waara, les Niacoro…, en sommes tous ces peuples vivant de l’agriculture et pourvoyant les Dioula en mains d’œuvre saisonnières. Chez tous les peuples voisins où ils ont réussi à créer un sous-groupe de musulmans, ils ont ajouté la qualification dioula comme Dagari-Dioula (les Wala), Bobo-Dioula (Zara) …
Dans le même ordre d’idée, les voisins immédiats des Royautés moose (Kassena, Lyelé, Nuni, Winien…) sont regroupés sous la dénomination gourounsi. Enfin, sans être exhaustif, ajoutons que d’après « Le terme « Lobi » est une appellation ethnographique qui désigne un groupe ethnique installé dans les territoires du Sud-ouest du Burkina Faso et dans les régions du Nord-ouest du Ghana et du Nord-est de la Côte-d’Ivoire. Dans les années trente, l’administrateur colonial français Henry Labouret utilisa l’expression « rameau Lobi » pour désigner plusieurs groupes ethniques ayant en commun des caractéristiques culturelles semblables qui vivaient autour de sa zone de juridiction : le cercle de Gaoua. Le « rameau Lobi » indiquait une unité socioculturelle dans laquelle les langues pouvaient cependant varier et où l’on percevait plus ou moins clairement certaines différences culturelles entre les Lobi proprement dit, les Birifor, les Dagara, les Djan, les Gan, les Teguessie (ou Lorhon-Lobi) et les Dorossie » . UtiliserDes Outils De Carte Géographique
En résumé, nous voyons que les identités ethniques sont des constructions dont nous ne soupçonnons même pas souvent les origines. A force de s’en contenter, de la solidifier, nous finissons par croire qu’elle est une donnée naturelle et immédiate. C’est le processus d’accommodation qui bien connu dans les phénomènes d’ethnogenèse. (construction des groupes ou identités ethniques). Le sujet ainsi désigné finit par adopter l’appellation à lui attribuée par « les autres » : « Puisqu’on nous appelle ainsi… ». L’effet Pygmalion montre que l’ethnie n’est pas un fait biologique ou historique figé, mais le résultat d’un regard extérieur (le colonisateur) qui, par la force de ses institutions, de ses cartes et de ses lois, a forcé le colonisé à entrer dans la case qu’on lui avait dessinée. Il est d’ailleurs rare que le groupe ethnique lui-même, ce qui est un autre sujet de recherche. On va donc boucler cette première partie par une intermède musicale en faisant appel à Bob-Dylan : « Man gave names to all the animals / In the beginning, long time ago. »
Des mots qui ne sont pas tombés du ciel
Comme on le voit, les grandes catégories utilisées pour décrire les sociétés africaines appartiennent largement à l’histoire savante européenne et viennent souvent de plusieurs langues. En effet, le mot tribu vient du latin tribus et désignait une division politique, une subdivision administrative et territoriale du peuple. Les citoyens sont répartis dans des tribus (comme les tribus urbaines et rustiques) pour voter les lois, élire les magistrats et payer l’impôt. Ensuite, le mot a servi à nommer les douze tribus d’Israël dans la Bible avant d’être appliqué à des populations colonisées. Quant au mot Clan, il vient du gaélique clann et désignait d’abord des groupes écossais se réclamant d’un ancêtre commun. Enfin, le mot Caste vient du portugais casta, mot employé par les voyageurs européens pour traduire les divisions sociales rencontrées en Inde. Il sera consolidé et rendu rigide par les Britanniques comme nous l’avons vu plus haut. AnalyserL'Actualité Politique
Le mot ethnie provient du grec ancien ethnos (ἔθνος). Chez les Grecs, la définition de ce mot est politique et spatiale. Au départ, ce terme qualifie des populations que les Grecs jugent inorganisées, vivant en marge, sans institutions urbaines centralisées, ou les groupements d’animaux. L’ethnos, c’est le peuple des autres, le peuple non structuré politiquement. Dans la tradition chrétienne latine (la Vulgate), l’adjectif ethnikos est traduit par ethnicus et prend un sens strictement religieux. Il sert à traduire le concept biblique de "Gentils" ou de "Païens".
Être "ethnique", au Moyen Âge, signifie ne pas être chrétien ou ne pas appartenir au peuple monothéiste. C’est le synonyme du sauvage ou du mécréant.
Mais le terme ethnie est encore plus récent qu’on ne l’imagine. En français, il est attesté à la fin du XIXe siècle, notamment en 1896 chez Georges Vacher de Lapouge, dans un contexte où les sciences humaines étaient profondément traversées par les classifications raciales. Le terme devait permettre de distinguer la communauté culturelle ou linguistique de la « race » biologique. Mais il a conservé une partie de la logique classificatoire de cette époque : isoler un groupe, lui donner un nom, fixer ses caractères et tracer ses frontières.
Cela ne signifie pas que toute utilisation contemporaine du mot ethnie serait raciste. Ce serait une conclusion excessive. L’histoire du terme impose cependant une vigilance : un mot conçu pour classer peut facilement donner l’illusion que les groupes humains sont aussi fixes et séparés que les espèces d’un ancien manuel de zoologie.
Quand les naturalistes ont appris à classer les hommes
L’évocation de la chanson de Bob Dylan et du pouvoir de nommer le vivant nous conduit directement au cœur des XVIIIe et XIXe siècles. C’est à cette époque que les naturalistes occidentaux ont jeté les bases de la classification moderne. En transposant les méthodes de classement de la faune et de la flore aux sociétés humaines, les naturalistes ont profondément influencé l’administration coloniale. Ils ont fourni les outils "scientifiques" nécessaires pour découper, hiérarchiser et nommer les populations du monde. Ainsi, si Charles Darwin avec sa théorie de l’évolution des espèces reste le plus célèbre, c’est bien le Suédois Carl Von Linné dont la caractéristique principale est l’obsession de la mise en boîte qui est le père de la nomenclature binomiale (le fait de nommer le vivant par deux mots en latin, comme Homo sapiens). On retrouve encore cette pratique chez beaucoup de scientifiques, notamment les botanistes. Dans son ouvrage majeur, Systema Naturae, il commet un acte fondateur : il classe l’être humain dans le règne animal et sépare l’humanité en quatre "variétés" géographiques. Linné associe à chaque groupe un nom, une couleur de peau, mais surtout un tempérament arbitraire :
• Homo americanus : Rouge, colérique, droit,
• Homo europaeus : Blanc, sérieux, intelligent,
• Homo asiaticus : Jaune, mélancolique, avare,
• Homo afer (africain) : Noir, flegmatique, paresseux, gouverné par la volonté du maître.
Linné applique une méthode strictement naturaliste (l’observation des traits extérieurs) pour figer des traits psychologiques et moraux. C’est le point de départ de la racialisation. Ainsi, se pensant en naturaliste de l’espèce humaine, le colonisateur n’aura plus qu’à remplacer le mot "variété" par "ethnie" ou "race" pour justifier sa mission civilisatrice. Nommer le Bété, le Gouro, le Sénoufo, le Gourounsi ou le Samogo, c’était, dans l’esprit des bureaux coloniaux, achever l’œuvre de Linné : mettre de l’ordre dans le chaos du monde pour pouvoir le gouverner.
Linné classe les plantes et les animaux, mais aussi l’être humain. Dans son Systema Naturae, il associe à de grandes variétés humaines des caractères physiques, moraux et politiques. Blumenbach propose ensuite ses propres divisions de l’humanité. Au XIXe siècle, l’anthropométrie et la craniométrie prétendent mesurer scientifiquement les différences entre les populations.
Ainsi, le passage de la description à la hiérarchie est rapide. Des variations corporelles deviennent des « types » humains. Des comportements historiques, des espaces de vie ou encore des pratiques religieuses… sont présentés comme des caractères naturels. Des peuples sont classés du plus « primitif » au plus « civilisé ». L’anthropologie évolutionniste place ainsi certaines sociétés dans le présent de l’humanité et d’autres dans son passé. Dans le domaine de la linguistique, on assite aux dérives les plus inimaginables quant à la recherche sur la hiérarchie des langues en allant des plus évoluées vers les plus primitives. Des auteurs très influents (comme l’Allemand Max Müller ou le Français Ernest Renan) affirment que le groupe des langues indo-européennes (ou aryennes) possède une supériorité structurelle intrinsèque (grâce à la flexion grammaticale), le rendant seul apte à l’abstraction, à la philosophie et à la haute civilisation. À l’inverse, les langues africaines, amérindiennes ou asiatiques sont classées comme "inférieures", "figées" ou "primitives". Certains africains le pensent encore à ce jour, sinon comment expliquer leur réticence à généraliser l’enseignement de nos langues malgré les preuves pédagogiques et scientifiques et après de nombreuses années d’expérimentation . On comprend alors l’interdiction prononcée en 1866 par la société linguistique de Paris sur les recherches su l’origine des langues.
Anténor Firmin va pourtant répondre en 1885 à cette prétendue science dans son ouvrage De l’égalité des races humaines. Il montrait que les mesures et les classements ne suffisaient pas à effacer les préjugés qui orientaient leur interprétation. Son avertissement demeure actuel : une classification peut avoir l’apparence de la science tout en reproduisant les hiérarchies de son époque.
En sommes, il est important de noter que si les naturalistes n’ont pas inventé toutes les catégories sociales, ils ont néanmoins fourni une méthode et une habitude : identifier, nommer, délimiter, comparer, puis hiérarchiser. Transposée aux sociétés humaines, cette grammaire transforme facilement des relations historiques en blocs supposés permanents. A ce propos, Louis-Jean Calvet, le célèbre sociolinguiste nous lançait une boutade en 1917 en affirmant : « vous les scientifiques, vous vous croyez obligé de donner un nom à chaque réalité que vous étudiez ».
L’ethnie : un mot central, mais terriblement vague
L’ethnie est généralement définie par plusieurs éléments : un nom collectif, une origine commune, une langue, une culture, un territoire, une mémoire et un sentiment d’appartenance. Le problème est que ces éléments ne vont pas toujours ensemble.
Une population peut partager une langue avec d’autres groupes sans partager la même identité. La langue est un outil de communication circulant et fluide, tandis que l’identité est une construction politique, historique et subjective. Une population peut tout à fait adopter ou partager la langue d’un voisin pour des raisons de commerce, de domination ou de prestige, tout en conservant une conscience identitaire farouchement distincte. Elle peut changer de langue sans perdre son nom. Les Diakhanké sont une fraction du peuple Soninké originaire de la ville historique de Diafé (ou Diakha) au Mali. Leur nom signifie littéralement "les gens de Diakha". En migrant vers le sud pour le commerce et la diffusion de l’islam, ils se sont installés en milieu mandingue en devenant des Malinké. Au fil des siècles, ils ont complètement abandonné leur langue maternelle (le soninké) pour adopter le malinké. Ce terme est utilisé, par ailleurs, pour désigner une autre portion de la population mandingue en Côte d’Ivoire et en Guinée AnalyserL'Actualité Politique
Au Burkina Faso, le groupe des Yarsé offre une illustration saisissante de cette mutation. Historiquement, ces commerçants d’origine Mandé (Dioula/Soninké) sont venus s’installer dans le royaume du Yatenga et de Ouagadougou à partir du XVIe siècle. Vivant au cœur de la société Mossi, ils se sont totalement assimilés linguistiquement. Ils parlent aujourd’hui exclusivement le mooré (la langue des Mossi) comme langue maternelle. Malgré la perte totale de leur langue mandé d’origine, ils ont conservé le nom de Yarsé, leurs noms de famille (comme Yané ou Ouedraogo-Yarsé), leurs spécificités culturelles (liées à l’islam) et leur mémoire d’anciens commerçants. Ils partagent la langue des Mossi, mais maintiennent leur nom et leur identité propre.
L’histoire européenne est également bâtie sur ce mécanisme de survie du nom à travers le changement de langue. Au départ, les Francs : C’était un peuple germanique parlant une langue francique (proche de l’allemand ou du néerlandais). En conquérant la Gaule romaine, ils ont adopté la langue des populations locales (le gallo-romain, ancêtre du français). Ils ont perdu leur langue, mais ils ont donné leur nom au pays : la France et les Français. Quant aux Normands, les Vikings ("Hommes du Nord") s’installent en Neustrie (France) au Xe siècle. En l’espace de deux générations, ils abandonnent le vieux norrois (langue scandinave) pour parler le roman/français. Pourtant, ils ont conservé leur nom de Normands et ont exporté cette identité spécifique jusqu’en Angleterre et en Sicile.
De même, plusieurs collectivités peuvent revendiquer le même territoire. Une origine commune peut être racontée sans pouvoir être démontrée. Les pratiques culturelles varient selon les régions, les générations, les professions et les milieux sociaux.
Le sociologue Max Weber avait déjà proposé une précaution essentielle : ce qui caractérise le groupe ethnique n’est pas nécessairement une ascendance biologique réelle, mais la croyance en une origine commune. Fredrik Barth a ensuite déplacé le regard vers les frontières : ce qui compte n’est pas seulement le contenu culturel d’un groupe, mais la manière dont la distinction entre « nous » et « les autres » est entretenue.
L’ethnie n’est donc pas une substance déposée une fois pour toutes dans le sang, la langue ou la coutume. Elle est un processus d’identification. Construite pendant les générations, elle devient plus ou moins importante selon les situations. Elle peut rester secondaire pendant longtemps, puis être mobilisée lors d’une compétition électorale, d’un conflit foncier, d’un recensement ou d’une crise politique. AnalyserL'Actualité Politique
En Afrique, la colonisation n’a pas seulement décrit : elle a aussi fixé
Les sociétés africaines possédaient évidemment des noms, des appartenances, des langues, des lignages, des États et des mémoires avant la colonisation. Mais elles n’étaient pas nécessairement organisées selon les cases que l’administration allait leur imposer.
Pour gouverner, le pouvoir colonial devait identifier des populations, délimiter des territoires, reconnaître des chefs et codifier des coutumes. Les cartes, les recensements, les monographies et les dictionnaires ont donc fixé des noms et transformé certaines appartenances souples en catégories officielles.
Un nom de région pouvait devenir un nom de peuple. Une activité économique pouvait devenir une identité ethnique. Une communauté linguistique pouvait être présentée comme une unité politique. Une coalition changeante pouvait être décrite comme une tribu héréditaire. Une fois inscrite dans le droit et l’administration, la catégorie produisait des effets concrets : accès à la terre, reconnaissance d’une chefferie, application d’une coutume ou représentation auprès du pouvoir.
Les travaux dirigés par Jean-Loup Amselle et Elikia M’Bokolo ont fortement remis en cause l’image d’ethnies africaines isolées depuis toujours. Les espaces africains étaient traversés par des migrations, des alliances, des empires, des marchés, des circulations religieuses et des changements de langue. Mahmood Mamdani a également montré que l’État colonial avait organisé une différence juridique entre le citoyen et le sujet, ce dernier étant administré au moyen de la « tribu » et de la « coutume ».
Dire cela ne revient pas à prétendre que toutes les identités africaines auraient été inventées par l’Europe. La colonisation a souvent sélectionné, reformulé et durci des différences qui existaient déjà sous d’autres formes. Il faut donc éviter deux excès : croire que tout est colonial ou croire que rien n’a changé avec la colonisation.
L’Europe aussi a ses ethnies
Nous employons souvent une terminologie différente selon les continents. En Afrique, nous parlons d’ethnies et de tribus. En Europe, nous préférons les mots peuples, nations et nationalités. Cette différence de vocabulaire peut cacher une vieille hiérarchie : l’Europe aurait des nations modernes tandis que l’Afrique serait encore organisée en ethnies anciennes.
L’histoire de l’ancienne Yougoslavie montre pourtant que les identités européennes sont tout aussi complexes. Serbes, Croates et Bosniaques ont longtemps parlé des variétés très largement intercompréhensibles. Leurs frontières collectives ne reposaient donc pas sur la seule langue. Elles ont été façonnées par les traditions religieuses, les mémoires historiques, les institutions, les territoires et les projets politiques.
La catégorie « Musulman » est particulièrement révélatrice. Dans la Yougoslavie socialiste, elle a fini par être reconnue comme une nationalité, et non comme la simple désignation d’une pratique religieuse. Une personne pouvait être « musulmane par nationalité » tout en étant croyante, non pratiquante ou athée. Dans les années 1990, le terme Bosniaque s’est progressivement imposé comme désignation nationale.
Sommes-nous alors devant une ethnie, une nationalité, une nation, une communauté religieuse ou un peuple ? La réponse dépend de la période, de l’institution et du critère retenu. Ce qui est vrai pour les Bosniaques, les Serbes ou les Croates doit également être admis pour les sociétés africaines : les identités ne se réduisent presque jamais à un seul caractère.
Une langue n’est pas automatiquement une ethnie
La confusion entre langue et ethnie est l’une des plus fréquentes. Une langue peut être parlée par plusieurs populations comme le cas du mandingue (bambara, malinké et dioula). Elle peut devenir véhiculaire grâce au commerce, à la religion, à l’école, à l’armée ou à l’urbanisation . Des individus peuvent l’adopter sans changer d’identité comme le cas de l’ensemble des francophones, des anglophones, des dioulaphones... À l’inverse, un groupe peut conserver son identité après avoir abandonné sa langue ancienne comme dans le cas des Français d’aujourd’hui.
Comme on le sait, la linguistique classe les langues selon leur parenté et leur fonctionnement. Elle ne classe pas directement les peuples et l’administration coloniale s’est toujours trompée en établissant l’équation « langue = ethnie » chez les peuples africains. Une famille linguistique n’est pas une famille biologique. Parler des langues apparentées ne signifie ni descendre d’un ancêtre humain unique et identifiable, ni appartenir à une même communauté politique. Il faut donc distinguer clairement la communauté linguistique de la communauté ethnique. Elles peuvent se recouvrir dans certaines situations, mais cette correspondance doit être démontrée et non supposée. AnalyserL'Actualité Politique
Tribu, clan et caste ne sont pas des synonymes
Le mot tribu reste chargé d’une forte connotation évolutionniste. Il suggère souvent une société sans État, dominée par la parenté et enfermée dans la tradition. L’expression « conflit tribal » peut ainsi faire disparaître les véritables enjeux : pouvoir, territoire, sécurité, ressources ou compétition électorale. Un affrontement ne devient pas irrationnel simplement parce que ses protagonistes mobilisent une identité collective.
Le clan devrait désigner plus précisément un groupe de filiation dont les membres se réclament d’un ancêtre commun. Il ne faut pas le confondre avec une ethnie, une famille, un lignage, un parti ou un simple réseau d’influence. Parler de « clan présidentiel » peut être une métaphore utile, mais cette métaphore ne remplace pas l’analyse des intérêts, des alliances et des mécanismes de recrutement.
La caste, enfin, renvoie à une fermeture sociale durable, généralement liée à la naissance et à l’endogamie. Le penseur indien B. R. Ambedkar la définissait comme une « classe fermée ». Toutes les professions héréditaires ne sont donc pas automatiquement des castes. Toutes les élites qui se reproduisent ne constituent pas non plus une caste. Il faut examiner les règles de mariage, la transmission du statut, les interdits, la hiérarchie et les possibilités de mobilité.
Une catégorie imposée peut devenir une identité vécue
Le fait qu’un nom ait été donné par une administration, un voisin ou un ancien ethnographe ne signifie pas qu’il serait aujourd’hui sans réalité. Une catégorie peut être reprise, transformée et revendiquée. Elle peut devenir le support d’associations, de commémorations, de revendications culturelles ou d’une solidarité politique. AnalyserL'Actualité Politique
C’est pourquoi le mot « construction » doit être manié avec prudence. Une identité construite n’est pas nécessairement fausse. Toutes les nations sont historiquement construites, y compris les nations européennes. Les écoles, les médias, les frontières, les recensements et les récits nationaux contribuent partout à fabriquer une conscience commune.
La vraie question est de savoir comment une catégorie devient importante : qui la diffuse ? qui la revendique ? qui la refuse ? quels droits lui sont associés ? dans quelles situations est-elle mobilisée ?
Nous proposons à cet effet d’observer cinq réflexes pour mieux parler des sociétés :
Premier réflexe : demander qui nomme. Le terme est-il utilisé par les personnes concernées, par leurs voisins, par l’État, par les médias ou par le chercheur ? Le même nom peut être revendiqué dans un contexte et rejeté dans un autre.
Deuxième réflexe : préciser le critère. Parle-t-on de langue, d’origine, de territoire, de religion, de filiation, d’activité, de statut ou de citoyenneté ? Ces dimensions ne doivent pas être fusionnées sans preuve.
Troisième réflexe : distinguer la catégorie du groupe réel. Une case de recensement ou un nom collectif ne prouve pas l’existence d’un groupe organisé, solidaire et capable de parler d’une seule voix.
Quatrième réflexe : observer les situations. Une appartenance peut être importante au village, secondaire en ville, décisive pendant une élection et presque absente dans le travail quotidien. Les identités sont multiples et leur importance varie.
Cinquième réflexe : appliquer les mêmes règles à tous. Si nous parlons d’ethnies en Afrique, nous devons accepter d’examiner les ethnies européennes. Si nous parlons de nations en Europe, nous devons reconnaître que des nations africaines peuvent également se construire à partir d’histoires, de langues et de cultures diverses.
Nommer sans enfermer
Il n’est ni possible ni souhaitable de supprimer tout vocabulaire collectif. Nous avons besoin de mots pour décrire les sociétés. Mais aucun mot ne doit dispenser de l’enquête. Lorsque ethnie est trop vague, on peut parler plus précisément de communauté linguistique, de population territoriale, de groupe de filiation, de réseau marchand, de groupe de statut, de catégorie administrative ou de mouvement politique. AnalyserL'Actualité Politique
Le danger commence lorsque le nom devient une explication. Dire qu’une crise est « ethnique » ou « tribale » ne nous apprend presque rien tant que nous ne connaissons pas les institutions, les acteurs, les intérêts et les événements qui ont rendu cette frontière importante.
Classer les hommes est parfois nécessaire pour comprendre la société. Les enfermer dans les catégories ne l’est jamais. Une terminologie utile n’est pas celle qui donne les réponses les plus rapides, mais celle qui permet de poser les bonnes questions. Et comme le dit si bien Jean-Baptiste Marcellesi : « Donner des noms différents au même système c’est déjà le morceler ; maintenir le même nom à des systèmes différents c’est les maintenir ou les rendre unifiés ».
Repères bibliographiques
AMSELLE Jean-Loup et M’BOKOLO Elikia (dir.), 1985, Au cœur de l’ethnie. Ethnies, tribalisme et État en Afrique, Paris, La Découverte.
BARTH Fredrik (dir.), 1969, Ethnic Groups and Boundaries, Oslo, Universitetsforlaget.
BRETON Roland, 1992, Les ethnies, Paris, Presses universitaires de France.
FIRMIN Anténor, 1885, De l’égalité des races humaines, Paris, Librairie Cotillon.
MAMDANI Mahmood, 1996, Citizen and Subject, Princeton, Princeton University Press.
SCHNAPPER Dominique, 1993, « Ethnies et nations », Cahiers de recherche sociologique, no 20, p. 157-166.
WEBER Max, 1995 [1922], Économie et société, t. II, Paris, Pocket.
"민족, 부족, 카스트" 쉽게 이해하기
이 글이 복잡해 보이지만, 핵심은 매우 간단합니다. 한 문장으로 정리하면:
"아프리카를 설명할 때 서양이 만든 단어들을 그냥 쓰니까, 본래 자유로웠던 사람들이 고정된 상자에 갇혀버렸다"
1️⃣ 문제가 무엇인가?
🎯 핵심 문제
같은 사람을 다르게 부르는 차별:
유럽 사람들을 말할 때:
├─ "프랑스인" (국가, 현대적)
├─ "독일인" (국가, 현대적)
└─ "영국인" (국가, 현대적)
아프리카 사람들을 말할 때:
├─ "Hutu 민족" (원시적?)
├─ "Yoruba 부족" (야만적?)
└─ "Maasai 민족" (고대적?)
👉 같은 기준을 쓰지 않음!
💭 왜 이게 문제인가?
1단계: 단어 차이가 생각에 영향을 준다
"프랑스 국가" 라고 하면:
└─ 현대적, 조직된, 발전된 이미지
"Hutu 민족" 이라고 하면:
└─ 원시적, 전통적, 고대의 이미지
실제로는 둘 다 현대의 사람들인데, 말 하나가 차별을 만듦!
2단계: 그 단어가 법이 되면 고정된다
예: 르완다 종족 학살(1994년)
1️⃣ 벨기에 식민지배 시절:
├─ Hutu와 Tutsi는 본래 "직업 범주"
│ (농부 vs 목축민)
├─ 같은 언어, 같은 종교, 같은 땅
└─ 이동도 가능했음
(부자 Hutu는 Tutsi가 될 수 있었음)
2️⃣ 1931년 벨기에가 한 일:
├─ "신분증"에 Hutu/Tutsi 강제 기재
├─ 이제 "변할 수 없는" 신분이 됨
└─ 차별과 위계질서 고정화
3️⃣ 60년 후 결과:
└─ 1994년 종족 학살
"Tutsi는 우월 종족" vs "Hutu는 열등 종족"
이 거짓말이 80만 명을 죽였음
2️⃣ 왜 이런 문제가 생겼나?
🏛️ 역사적 배경: 3가지 원인
원인 1: 식민지배자들의 "관리 필요성"
식민지배자의 입장: "이 광대한 땅을 어떻게 관리할까?"
필요한 것:
├─ 누가 누구인지 파악하기
├─ 누가 리더인지 찾기
└─ 세금을 누가 낼 것인지 정하기
방법:
├─ 지도를 그린다
├─ 인구조사를 한다
├─ 사람들을 분류한다
└─ 각 상자에 이름을 붙인다
문제:
"자연 경계"가 아니라
"관리의 편의"로 그린 선이었음!
예시: 코트디부아르의 Bété 민족
식민지배 전:
└─ 달로아~사산드라 지역의
여러 작은 마을 공동체들
(같은 문화? 다른 문화? 혼합?)
식민지배자 프랑스:
└─ "이 지역의 모든 사람들을
'Bété'라고 부르자"
(관리하기 편하니까)
현재:
└─ "Bété는 하나의 민족"이라고 생각함
(하지만 100년 전에는 그런 개념이 없었음)
원인 2: 서양 과학자들의 "분류 강박증"
1700-1800년대 서양 과학자들:
생각:
"동물들을 분류하듯이
인간도 분류할 수 있지 않을까?"
방법:
└─ 동물학 + 해골 측정 = "인종 분류"
결과:
린네(Linné)라는 스웨덴 과학자가:
Homo americanus: 빨강, 급성적, 정직
Homo europaeus: 흰색, 진지함, 지능형
Homo asiaticus: 노랑, 우울함, 인색
Homo afer (아프리카인): 검정, 무기력, 게으름
(주인의 뜻에 따라 움직임)
👉 "과학적" 인종 차별의 시작!
원인 3: 식민지배자들이 이 "분류"를 악용했다
논리:
동물을 분류하듯이 인간도 분류됨
↓
따라서 아프리카인 = "원시인종"
↓
따라서 우리(서양)가 "문명화"해야 함
↓
따라서 우리가 지배해도 된다
이것이 "식민지배의 정당화"
3️⃣ 그렇다면 현실은?
🌍 실제로는 어땠나?
핵심: 언어는 자유롭게 변한다
예시 1: 부르키나파소의 Yarsé (야르세)
500년 전:
├─ 만데(Mandé) 상인들
├─ 말리에서 와서
├─ 부르키나파소에 정착
├─ 원래 언어: Soninké어 (소닌케어)
└─ 정체성: "우리는 Mandé 상인이다"
현재:
├─ 완전히 Mooré어 사용
│ (Mossi 사람들의 언어)
├─ 어린이들은 Soninké어를 모름
├─ 하지만 여전히 "Yarsé"라고 부름
├─ 여전히 자신들의 이름 보존 (Yané, Ouedraogo-Yarsé)
├─ 여전히 이슬람 전통 유지
└─ 여전히 상인 전통 기억
**결론: 언어는 모두 바뀌었지만, 정체성은 유지됨**
예시 2: 프랑스인들도 마찬가지
1000년 전:
├─ 프랑크족 (게르만 민족)
├─ 프랑크어 사용
└─ "우리는 프랑크인"
현재:
├─ 프랑스어 사용 (로마어 기반)
├─ 프랑크어는 소멸
├─ 하지만 여전히 "프랑스인"
└─ 그들은 이 변화를 "역사"라고 부름
**아프리카인들은 같은 변화를
"민족의식" 문제로 본다는 게 이상하지 않나?**
🎭 정체성은 상황에 따라 변한다
같은 사람도:
마을에 있을 때:
└─ "나는 Mossi다" (강한 정체성)
도시에 가면:
└─ "나는 부르키나파소 사람이다" (약한 정체성)
선거 때:
└─ "나는 Mossi다" (다시 강해짐)
직장에서:
└─ "나는 회계사다" (완전히 다른 정체성)
👉 정체성은 고정된 게 아니라
"상황에 따라" 중요도가 변한다!
4️⃣ 앞으로 어떻게 해야 하나?
✅ 사노고의 5가지 해결책
1️⃣ "누가 이 말을 쓰는가?" 먼저 물어보기
같은 "Mossi"라는 말도:
자신들이 쓰는 경우:
└─ "우리는 Mossi 문화를 자랑합니다"
→ 강한 긍정적 정체성
이웃이 쓰는 경우:
└─ "저 Mossi들은..."
→ 낙인/편견
정부가 쓰는 경우:
└─ "Mossi 지역에 학교 건설"
→ 행정 도구
연구자가 쓰는 경우:
└─ "Mossi는 하나의 민족인가?"
→ 학술 분석
👉 같은 말이 다른 의미다!
2️⃣ 기준을 명확히 하기
"Mossi가 민족인가?"라고 물을 때,
먼저 명확히 해야 할 것:
"민족"이 뭔가?
├─ 언어? (그럼 언어 다른 사람들은?)
├─ 기원? (역사가 길수록 민족인가?)
├─ 종교? (같은 지역, 다른 종교면?)
├─ 영토? (경계는 누가 정하나?)
└─ 문화? (문화는 계속 변하는데?)
👉 기준이 명확하지 않으면 "민족"은 아무 의미 없는 말이다!
3️⃣ "분류"와 "실제 집단" 구분하기
인구조사에서: "Lobi: 50,000명"
이것의 의미:
├─ 행정상 분류일 뿐
├─ 이 사람들이 정말 하나로 조직되어 있나?
├─ 다 같은 생각을 하나?
├─ 리더는 누구인가?
└─ 정말 "한 목소리"로 말하나?
결론:
분류 상자 ≠ 실제 집단
(분류가 집단을 만들 수는 있지만, 처음부터 존재하는 건 아니다)
4️⃣ 맥락에 따라 변함을 인정하기
"민족은 고정적"이라는 생각을 버리기:
같은 사람:
├─ 마을: 강한 Mossi 정체성
├─ 도시: Burkinabè 정체성 더 강함
├─ 선거: 다시 Mossi 정체성 동원
├─ 직장(국제회사): 다국적 정체성
└─ 종교 모임: 이슬람 정체성
👉 정체성은 "ON/OFF" 스위치가 아니라
"밝기 조절"처럼 계속 변한다
5️⃣ 모든 대륙에 같은 기준 적용하기
지금의 문제:
아프리카:
"Yoruba는 민족인가?"
(자주 민족으로 취급)
유럽:
"보스니악은 민족인가?"
(자주 "국가"나 "종교"로 취급)
실제로 보스니악:
├─ 언어: 세르비아어와 거의 같음
├─ 종교: 이슬람교
├─ 역사: 긴 역사
└─ 영토: 공유
👉 그럼 Yoruba도 같은 기준으로 봐야지?
왜 다른 단어를 쓰나?
5️⃣ 결론: 어떻게 말해야 하나?
🎯 새로운 방식
❌ 피해야 할 표현
❌ "이것은 민족 분쟁이다"
(이렇게 말하면 "원인이 민족"인 것처럼 보임)
❌ "Hutu와 Tutsi는 다른 민족이다"
(이렇게 말하면 "자연적 차이"처럼 보임)
❌ "부족 문화"
(진정한 의미 없이 "야만적"이라는 뉘앙스)
✅ 더 정확한 표현
✅ "Hutu와 Tutsi의 분쟁의 원인은?"
→ 땅? 권력? 가축? 역사적 불공정?
(구체적 원인을 찾기)
✅ "지역 공동체", "언어 공동체", "종교 공동체"
(상황에 맞는 정확한 단어)
✅ "이 집단은 언제/어디서/누가
이름을 붙였나?"
(역사적 맥락 포함)
✅ "부족(tribe) 대신:
→ "가족 집단", "지역 사회", "정치 집단"
(구체적이고 중립적인 표현)
📍 "민족"을 써야 하면 이렇게
"Mossi 언어 공동체" (가장 정확)
또는
"Mossi 문화 전통을 유지하는 사람들"
또는
"Mossi 지역에서 조직된 공동체"
(단순히 "Mossi 민족"이 아니라
"무엇이" Mossi인지 명확히 함)
📝 최종 정리: 3단계
1단계: 문제 인식
아프리카를 "부족", "민족"으로만 부르는 것은
실제로는 식민지배 때 만든 인위적 분류다.
2단계: 원인 이해
식민지배자들이 관리를 위해 만든 분류가
법이 되고, 무기가 되었다.
3단계: 해결
더 정확하고 구체적인 단어를 쓰고,
항상 "누가", "어떤 기준으로" 분류했는지 물어보자.
🎬 가장 쉬운 비유
옛날에:
아프리카:"너희는 이렇게 분류된다"(강제로 상자에 넣음)
유럽:"우리는 현대 국가다"(스스로 정체성 유지)
결과:
아프리카: "고정된 원시적 집단"
유럽: "발전하는 현대 국가"
이미지 만들어짐!
해결책:
모두를 같은 방식으로 봐야 함:
"모든 공동체는 변한다"
"모든 정체성은 유동적이다"
"상황에 따라 중요도가 변한다"
👉 더 공평한 세상!
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