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Société : Qu’aurait dit Amadou Balaké des anniversaires de papis et mamies ?
Publié le mardi 18 août 2026 à 22h10min
Un anniversaire est à la fois un souvenir, une commémoration et une célébration d’un événement survenu dans le passé. La fête peut avoir lieu le jour même, selon le calendrier, ou être organisée à une autre date. Même si certains artistes talentueux, à travers leurs chansons, ont pu laisser penser que leurs peuples étaient à l’origine de cette coutume, il s’agit d’une pratique si ancienne, évoquée jusque dans la Bible, qu’elle ne saurait être revendiquée par un peuple en particulier.
Dans le fait anniversaire, est-ce le souvenir de l’événement qui compte le plus ou la possibilité de le situer précisément dans le temps ? Aussi vrai que tous les peuples savent compter et décompter les années et les saisons qui passent, qu’ils suivent celles vécues par leurs enfants comme les leurs, se souvenir d’un fait ne signifie pas nécessairement le célébrer.
Amadou Balaké s’était intéressé à la question en s’interrogeant sur la célébration de l’anniversaire d’une Africaine dans l’une de ses chansons, à laquelle nous reviendrons. En 2026, les Africains sont de plus en plus nombreux à célébrer leurs anniversaires. La tendance actuelle consiste également à se souvenir de la date de naissance des plus anciens, qui ne sont pas toujours enthousiastes à l’idée de mesurer le temps qui passe.
Certains de ces anniversaires donnent lieu à de grands rassemblements familiaux, dans la joie et la fête, pour célébrer la vie de femmes et d’hommes qui ne sont pourtant plus très loin du grand voyage. Que recouvre donc cette mode de fêter les papis et les mamies et de les couvrir de cadeaux au soir de leur vie ? Amadou Balaké aurait-il refusé de chanter pour que ces anciens dansent la salsa ?
Amadou Balaké n’est plus de ce monde depuis le 27 août 2014. Mais les grands artistes ne meurent jamais. Leurs chansons continuent de nous revenir en tête et l’on ressasse, avec la douceur de leur musique, ce qu’ils ont voulu nous dire.
Amadou Traoré, de son vrai nom, est né à Ouahigouya le 8 mars 1944, à une époque où la ville était rattachée au Soudan français. La colonie de Haute-Volta sera reconstituée trois ans après sa naissance. À l’âge de 8 ans, il arrive à Ouagadougou avec sa mère, devenue veuve, et commence à s’intéresser à la musique.
Le jeune homme rejoindra ensuite son frère à Mopti, au Mali, comme apprenti-chauffeur. Il reviendra plus tard à Ouagadougou, où il deviendra chauffeur de taxi en 1961, alors qu’il avait moins de 20 ans, selon sa biographie publiée sur Wikipédia. Joachim Vokouma, dans un article publié sur Lefaso.net, permet toutefois de mieux connaître le grand artiste, notamment les raisons pour lesquelles il a peu chanté en mooré et l’origine de son nom Traoré, son père étant Gourmantché. À retrouver ici.
Ce qui nous amène aujourd’hui à parler de lui, c’est l’une de ses chansons, Kanan N Djanfan, sortie en 1979. Cette belle chanson raconte les aventures de Balaké avec sa dulcinée, qui fréquente un directeur général des années 1970 à Ouagadougou.
Le pauvre artiste possède une voiture qui ne tient pas la route et n’est guère apprécié par la mère de sa bien-aimée. Pour elle, les musiciens ne sont pas sérieux. Balaké se voit donc interdit de participer à l’anniversaire de la jeune femme, pourtant assez partageuse. Le directeur général, lui, ne l’est pas du tout. Il est même très jaloux et débourse 200 000 FCFA pour cet anniversaire.
De dépit et sans doute avec une pointe de jalousie, Balaké s’exclame et s’étonne de voir célébrer l’anniversaire d’un enfant noir, d’un enfant nourri au soumbala et au piment, etc. Pour ceux qui n’ont pas peur des morceaux de cette époque, qui n’étaient pas formatés, Kanan N Djanfan dure 15 minutes. Ils peuvent l’écouter ici. Ils ne le regretteront pas.
Balaké semble insinuer qu’il ne serait pas authentique pour une vraie Africaine de célébrer son anniversaire. Dans les années 1970-1980, cette remarque pouvait paraître légitime, tant la pratique était peu fréquente dans la société voltaïque d’alors.
Mais de nos jours, célébrer un anniversaire semble être devenu très courant, au point que l’on peut entendre des enfants, y compris dans des quartiers populaires, voire défavorisés, chanter « Joyeux anniversaire ». Cela montre qu’ils ont probablement participé à des anniversaires et y ont chanté, puis reproduisent la chanson sans que cela corresponde nécessairement à une véritable fête. Et, heureux de l’instant présent, ils chantent la vie.
Ce qui est tout de même préférable au fait d’être des enfants-soldats, contraints de donner la mort sans même jouer au cowboy. On ne peut d’ailleurs pas dire à celui que l’on vient de descendre de « faire le mort », puisqu’il a quitté le monde pour de vrai.
Aujourd’hui, à Ouagadougou, on célèbre les anniversaires des enfants, des jeunes filles comme la copine de Balaké, mais aussi ceux des papis et des mamies. Les repas sont variés et peuvent même comprendre du riz au soumbala pimenté. Sauf votre respect, Monsieur l’artiste, on n’en est pas moins burkinabè.
Anniversaire versus funérailles
La société change, et les changements s’opèrent souvent à bas bruit avant de devenir perceptibles et visibles de tous. Le métier de journaliste consiste aussi à attirer l’attention sur ce qui n’est pas encore très visible.
Pour mieux comprendre une société, il faut être attentif à ce qui s’y passe de manière souterraine, avant que la vague ne submerge tout et ne déferle dans la rue. L’un de ces phénomènes est la tendance actuelle à célébrer les anniversaires des personnes âgées.
Compte tenu de l’espérance de vie au Burkina Faso, estimée à 61 ans en 2024, atteindre 80 ans semble constituer, pour certaines familles, un seuil suffisamment important pour célébrer l’anniversaire de leur patriarche ou de leur matriarche. C’est le signe d’une longévité remarquable dans notre contexte.
Très souvent, l’heureux élu du jour est entouré de ses enfants et petits-enfants, qui se tiennent autour de lui comme une couronne venant témoigner de son passage sur terre.
Lorsqu’on interroge les familles sur ces fêtes d’anniversaire qui réunissent la grande famille et de nombreux invités, on est parfois surpris d’entendre que c’est la mamie elle-même qui a demandé qu’on lui organise une telle fête plutôt que de lui offrir, après sa mort, un bel enterrement ou des funérailles grandioses.
C’est un choix qui pourrait avoir une portée pour l’avenir. C’est celui de célébrer la présence plutôt que l’absence. De faire la fête avec celui ou celle que l’on honore, plutôt que de la faire sans lui.
Sur les réseaux sociaux, certaines publications véhiculent d’ailleurs des maximes du genre : « Aimons-nous vivants, célébrons-nous maintenant, pas morts », etc.
Cette opposition entre anniversaire et funérailles est très significative. Elle traduit un refus de certains comportements de notre société, où il arrive que les personnes âgées soient délaissées de leur vivant avant que, à leur mort, leurs proches se réunissent pour les célébrer et festoyer en leur nom.
Certains neveux qui n’ont rien fait pour leur oncle de son vivant se démènent ensuite pour accomplir leur devoir de parent : enterrer leur oncle et participer à ses funérailles.
Les fêtes d’anniversaire des papis et des mamies ne constituent pas encore un fait social, au sens où cette pratique s’imposerait aux individus indépendamment de leur volonté. Elles restent une tendance, qui trouve toutefois un écho dans le fait que l’Église catholique a décidé de mettre fin aux célébrations groupées des funérailles chrétiennes.
Sana Guy
Lefaso.net
[부르키나파소의 새로운 풍속도: 장례식 대신 '생일'을 축하하는 노인들]
2026년 8월 18일 자 부르키나파소 매체 Lefaso.net은 과거에는 보기 힘들었던 새로운 사회적 경향, 즉 '노인(특히 80세 이상)의 생일을 성대하게 축하하는 현상'에 주목하는 문화 비평 기사를 게재했습니다. 이는 단순한 서구 문화의 유입을 넘어, 부르키나파소 사회가 생명과 가족, 그리고 죽음을 대하는 방식이 근본적으로 변화하고 있음을 보여주는 상징적 현상입니다.
1. 아마두 발라케(Amadou Balaké)의 풍자: "아프리카인이 웬 생일 축하?"
기사는 1970~80년대 부르키나파소의 전설적인 음악가 아마두 발라케의 1979년 곡 'Kanan N Djanfan'을 소환하며 논의를 시작합니다.
노래 속에서 발라케는 부유한 경쟁자가 자신의 연인에게 호화로운 생일 파티를 열어주자, "숨발라(soumbala, 현지 조미료)와 고추를 먹고 자란 흑인 아프리카 아이가 서양식 생일을 축하하는 것이 과연 진정한 아프리카의 모습인가?"라며 꼬집습니다. 이는 생일 축하를 낯선 서구의 관습으로 여기고 배척했던 당시 부르키나파소 사회의 보편적인 정서를 대변합니다.
2. 변화하는 2026년: 일상이 된 생일 파티와 80세의 무게
그러나 2026년 현재, 상황은 완전히 달라졌습니다. 빈민가 아이들도 자연스럽게 '해피 버스데이'를 부를 만큼 생일 축하는 대중적인 문화로 자리 잡았습니다.
가장 눈에 띄는 변화는 노인, 특히 80세를 맞이한 조부모의 생일을 성대하게 기념하는 가족 모임이 늘고 있다는 점입니다. 부르키나파소의 평균 기대수명이 61세(2024년 기준)에 불과하다는 점을 고려할 때, 80세 도달은 가족을 넘어 지역 사회에서도 기념비적인 장수의 상징으로 여겨지기 때문입니다.
3. 장례식(부재)에서 생일(현존)로: 가치관의 대전환
이러한 노인 생일 파티의 유행은 아프리카의 전통적인 효(孝) 관념과 죽음의 문화에 대한 중대한 반기를 내포하고 있습니다.
이는 누군가의 '부재(죽음)'를 기리던 과거의 문화에서 벗어나, 현재 살아 숨 쉬는 '현존(생명)'과 그 순간을 소중히 여기는 쪽으로 사회적 가치관이 이동하고 있음을 보여줍니다. 흥미롭게도 이러한 흐름은 가톨릭교회가 최근 '집단 장례식'을 폐지하기로 한 결정과도 맞닿아 있습니다.
4. 결론: 조용히 밀려오는 사회의 변화
기자는 아직 이 노인 생일 축하 현상이 부르키나파소 사회 전체를 지배하는 확고한 '사회적 사실(fait social)'이라기보다는 초기 단계의 '경향(tendance)'이라고 진단합니다. 그러나 이러한 현상은 부르키나파소 사회가 외래문화를 무조건 배척하던 과거에서 벗어나 자신들만의 방식으로 수용하고 있으며, 개인의 존엄성과 살아있는 현재의 가치를 중시하는 방향으로 조용하지만 확실하게 변화하고 있음을 보여주는 중요한 사회적 신호입니다.