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| https://lefaso.net/spip.php?article148710 Dr Idrissa Ouédraogo, enseignant-chercheur : « Pour construire son avenir, l’Afrique doit produire davantage de connaissances sur elle-même et pour elle-même » Publié le mercredi 19 août 2026 à 22h11min Recherche au Burkina, en Afrique, universités burkinabè, enjeu du capital humain dans le processus de développement, le numérique et l’encadrement des doctorants… ; ce sont la trame de cette interview accordée par le Dr Idrissa Ouédraogo, enseignant-chercheur en économie du développement à l’université Thomas Sankara, Ouagadougou. Dans cet élément, il est également question d’en savoir davantage sur le Centre d’études et de recherche sur le développement humain en Afrique (CERDHA), une structure dont le lien est vite établi avec les sujets abordés. Lefaso.net : Vous êtes enseignant-chercheur en économie du développement à l’université Thomas Sankara. On vous connaît également à travers une organisation de développement humain, le Centre d’études et de recherche sur le développement humain en Afrique (CERDHA) ; pouvez-vous nous présenter davantage cette organisation ? ActualitésBurkinabé Dr Idrissa Ouédraogo : Effectivement, je suis responsable d’une organisation indépendante à but non lucratif, le Centre d’études et de recherche sur le développement humain en Afrique (CERDHA). L’objectif de cette structure, c’est de faire la promotion du développement humain, c’est-à-dire mettre l’homme, l’être humain au centre du développement économique et social. Dans ce cadre, la structure intervient dans trois domaines : l’éducation et la formation, la santé, la recherche et l’innovation. Le CERDHA est un espace de réflexion, de formation, de production de connaissances et de dialogue autour du développement humain en Afrique. Notre objectif à long terme est de contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de chercheurs africains capables non seulement de produire des connaissances de qualité, mais aussi de participer activement à la transformation de nos sociétés. Qui peut bénéficier des services du CERDHA ? Les services du CERDHA s’adressent à un public assez large, avec une attention particulière accordée aux étudiants, aux jeunes chercheurs, aux professionnels, aux décideurs publics et privés et aux institutions nationales et internationales intéressés par les questions de développement humain. Les étudiants, notamment ceux des cycles de master et de doctorat, peuvent bénéficier de nos formations, séminaires scientifiques, ateliers méthodologiques et activités d’accompagnement à la recherche. Nous souhaitons leur permettre de mieux maîtriser les outils et méthodes nécessaires à la réalisation de travaux scientifiques de qualité. Les jeunes chercheurs et enseignants-chercheurs constituent également un public important pour le centre. Le CERDHA leur offre un cadre d’échanges, de partage d’expériences et de développement de collaborations scientifiques. Nous voulons notamment contribuer à renforcer leurs capacités en matière de méthodologie de recherche, d’analyse de données, de publication scientifique et de valorisation des résultats de recherche. Les activités du CERDHA peuvent également intéresser les décideurs publics, cadres de l’administration, organisations de la société civile, acteurs du secteur privé et partenaires au développement, qui peuvent trouver dans nos travaux et nos activités de réflexion des analyses utiles à la compréhension des enjeux de développement. Enfin, le CERDHA est ouvert à toute personne qui souhaite approfondir ses connaissances sur les questions économiques et sociales en Afrique. À travers nos séminaires et nos activités de vulgarisation, nous voulons rendre la connaissance scientifique plus accessible et plus utile à la société. Notre ambition est donc de construire une communauté autour du CERDHA, où étudiants, chercheurs, professionnels et décideurs peuvent apprendre les uns des autres, partager leurs expériences et contribuer ensemble à la réflexion sur le développement de l’Afrique. Que revêt ici la notion de capital humain ? Il ne faut pas réduire le capital humain au seul niveau d’éducation. Le capital humain englobe également la santé, les compétences, les connaissances, les capacités et l’ensemble des aptitudes qui permettent à une personne d’être productive et de participer pleinement au développement de son pays. Quel est l’enjeu du capital humain dans le processus de développement d’un pays comme le Burkina, et, de façon générale, de l’Afrique ? SONABELservices Le capital humain est sans doute l’un des facteurs les plus déterminants pour le développement du Burkina Faso et, plus largement, de l’Afrique. Pour un pays comme le Burkina Faso, investir dans le capital humain est d’abord une question de transformation économique. Nous ne pouvons pas construire une économie moderne, diversifiée et compétitive avec une population insuffisamment formée ou en mauvaise santé. Une agriculture plus productive, une industrie plus performante, des services de qualité ou encore une économie numérique dynamique nécessitent des femmes et des hommes disposant des compétences adaptées. Le capital humain est un levier essentiel de réduction de la pauvreté et des inégalités, d’amélioration de la productivité et de stimulation de l’innovation. Pour le Burkina Faso et l’Afrique, l’enjeu est donc d’investir non seulement davantage, mais surtout mieux, en améliorant la qualité de l’éducation et de la santé, l’adéquation des formations aux besoins du marché du travail et l’inclusion des jeunes et des populations vulnérables. Ces investissements sont d’autant plus efficaces qu’ils s’appuient sur des institutions performantes, une bonne gestion des ressources publiques et des politiques cohérentes et inclusives. À mon sens, le véritable défi pour l’Afrique est donc de passer d’une logique où le capital humain est considéré comme une simple dépense sociale à une vision où il constitue un investissement stratégique et un moteur de transformation structurelle. C’est précisément cette conviction qui est au cœur de la démarche du CERDHA : placer l’être humain au centre de la réflexion sur le développement et contribuer à produire des connaissances susceptibles d’aider nos pays à mieux investir dans leurs populations. Votre structure s’est lancée dans cette question essentielle de recherche ; quelles sont les entités qui vous sollicitent le plus (le public, le privé, des acteurs nationaux ou internationaux) ? Le CERDHA est une jeune organisation, mais nous constatons un intérêt croissant pour nos activités, notamment de la part des étudiants, jeunes chercheurs et enseignants-chercheurs, qui constituent aujourd’hui une part importante de notre public. Ils nous sollicitent particulièrement pour les formations, les séminaires scientifiques, l’accompagnement méthodologique et le partage d’outils de recherche. Le CERDHA travaille avec des institutions académiques, des organisations de la société civile, des chercheurs et des universités africaines et internationales. Nous souhaitons également renforcer nos relations avec le secteur privé, notamment dans les domaines de la formation, de l’employabilité et de l’innovation. Notre ambition est de créer des passerelles entre chercheurs, pouvoirs publics, secteur privé et société civile afin de produire une recherche utile et capable d’éclairer les politiques de développement. Assembléelégislative En termes de ressources humaines, qui sont ceux qui composent le CERDHA ? Le CERDHA est composé d’une équipe pluridisciplinaire réunissant principalement des enseignants-chercheurs, des chercheurs, des doctorants, des étudiants et des professionnels intéressés par les questions de développement humain en Afrique. Cette diversité constitue une véritable richesse pour notre organisation. Elle nous permet de croiser les regards et les compétences de plusieurs disciplines, notamment l’économie, les sciences sociales, la gestion, les statistiques et les méthodes quantitatives et qualitatives. Nous accordons également une place importante aux jeunes chercheurs et aux étudiants, que nous souhaitons accompagner dans leur parcours scientifique et professionnel. À travers les séminaires, les formations, les activités de recherche et les échanges entre membres, nous cherchons à créer un environnement favorable au développement des compétences et à l’émergence d’une nouvelle génération de chercheurs africains. Le CERDHA fonctionne ainsi comme une communauté de chercheurs et de praticiens du développement, ouverte à des collaborations avec des experts et des institutions au Burkina Faso, en Afrique et à l’international. Grâce à ses ressources humaines qualifiées, le CERDHA organise des formations au profit des jeunes chercheurs. Nous avons déjà organisé des formations sur NVivo, KoboToolbox, Zotero, Power BI, l’intelligence artificielle et la recherche scientifique, ainsi que sur la transparence dans la recherche en sciences sociales. Dans les prochains jours et mois, nous envisageons d’organiser d’autres formations portant notamment sur l’écriture d’articles scientifiques, LaTeX, R, Stata, l’économétrie des séries temporelles, l’économétrie des données qualitatives, les Modèles d’équilibre général calculable (MEGC) et l’éducation financière. Ces formations sont-elles ouvertes ou réservées à une cible, une catégorie de personnes ? Les formations du CERDHA sont principalement destinées aux jeunes chercheurs, étudiants en master et doctorat, enseignants-chercheurs et professionnels intéressés par la recherche scientifique. Toutefois, nous souhaitons que ces formations restent aussi accessibles à toute personne désireuse de renforcer ses compétences dans les outils et méthodes de recherche. Notre objectif est de contribuer au renforcement des capacités des acteurs de la recherche, en particulier des jeunes chercheurs africains, afin de leur permettre d’améliorer la qualité de leurs travaux et de mieux valoriser leurs résultats. Cette approche s’inscrit dans une dynamique déjà observée au Burkina Faso, où plusieurs initiatives de formation ciblent les doctorants et jeunes chercheurs. Selon le thème, des prérequis spécifiques peuvent toutefois être définis afin de garantir que les participants puissent tirer pleinement profit de la formation. SONABELservices Quelles sont les conditions de participation ? Les conditions de participation sont volontairement souples et accessibles. Il suffit généralement de s’inscrire à la formation concernée et de disposer, lorsque cela est nécessaire, des prérequis indiqués dans l’appel à participation. Nous accordons une attention particulière aux jeunes chercheurs, étudiants en master et doctorat, mais les formations peuvent également être ouvertes aux enseignants-chercheurs, aux professionnels et à toute personne souhaitant développer ses compétences en recherche. Selon la nature de la formation, une contribution financière modeste peut être demandée afin de couvrir les frais d’organisation et, le cas échéant, la délivrance des attestations. Certaines formations peuvent toutefois être proposées gratuitement. L’objectif du CERDHA est avant tout de rendre le renforcement des capacités accessible au plus grand nombre, particulièrement aux jeunes chercheurs, et de leur permettre d’acquérir des compétences directement utiles à leurs travaux scientifiques. Quelle est l’importance de prendre part à de telles activités, surtout pour un étudiant, un jeune chercheur, etc. ? Participer à ces activités est particulièrement important pour les étudiants et les jeunes chercheurs, car la formation académique ne suffit pas toujours à maîtriser les outils, méthodes et pratiques nécessaires à une recherche scientifique de qualité. Ces formations leur permettent d’acquérir des compétences pratiques en matière de collecte et d’analyse des données, d’utilisation des logiciels scientifiques, de traitement des données, de rédaction et de publication d’articles scientifiques, mais également de renforcer leur autonomie dans la conduite de leurs recherches. Au-delà des compétences techniques, ces activités constituent aussi des espaces d’échange et de réseautage entre étudiants, jeunes chercheurs, enseignants-chercheurs et professionnels. Elles favorisent le partage d’expériences, la collaboration scientifique et la création de nouvelles opportunités. Pour un jeune chercheur, se former régulièrement représente un investissement dans son parcours académique et professionnel. À travers ces initiatives, le CERDHA souhaite contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de chercheurs africains mieux outillés, capables de produire des connaissances de qualité et de contribuer efficacement au développement de nos sociétés. Nous exhortons donc les étudiants, les jeunes chercheurs à bien se former pour mieux contribuer au positionnement international des universités publiques et privées burkinabè. Quel est le principal défi que vous vous êtes donné à travers le CERDHA ? Pour moi, le principal défi à travers le CERDHA est de contribuer à faire de la recherche un véritable levier de développement humain en Afrique. Nous voulons produire et surtout valoriser des connaissances qui répondent aux problèmes concrets de nos sociétés. Cela passe également par le renforcement des capacités des jeunes chercheurs et des étudiants, afin de faire émerger une nouvelle génération de chercheurs africains capables de produire des travaux de qualité et de participer aux débats scientifiques internationaux. Enfin, nous voulons créer des passerelles entre la recherche, les pouvoirs publics, le secteur privé et la société civile. L’objectif est que les connaissances produites ne restent pas dans les tiroirs, mais qu’elles puissent éclairer les politiques publiques, accompagner les acteurs économiques et contribuer à améliorer les conditions de vie des populations. Assembléelégislative En résumé, notre ambition au CERDHA est de produire des connaissances, de renforcer les compétences et de faire en sorte que la recherche contribue concrètement au développement du Burkina Faso et de l’Afrique. En tant qu’enseignant-chercheur à l’université Thomas Sankara, doit-on comprendre cette explication comme également votre exhortation aux étudiants, aux jeunes chercheurs, à contribuer au positionnement international des universités publiques burkinabè ? Absolument. En tant qu’enseignant-chercheur à l’université Thomas Sankara, je considère que le positionnement international de nos universités publiques passe avant tout par la qualité et la pertinence de la production scientifique. J’exhorte donc les étudiants et les jeunes chercheurs à investir davantage dans la recherche, à développer leurs compétences méthodologiques et à viser des publications scientifiques de qualité dans des revues reconnues aux niveaux national et international. Nous devons surtout produire des connaissances nouvelles, utiles et susceptibles d’apporter des réponses concrètes aux défis du Burkina Faso et de l’Afrique. Nos universités disposent de ressources humaines de qualité. Nous devons mieux les valoriser en renforçant la formation des jeunes chercheurs, les collaborations scientifiques, la production de données, les publications, les innovations et, lorsque cela est possible, les brevets et les transferts de connaissances. Le rayonnement international de nos universités doit être la conséquence d’une recherche de qualité, d’une véritable création de valeur scientifique et d’une contribution substantielle au développement. C’est dans cette dynamique que nous encourageons les étudiants et les jeunes chercheurs à prendre notre part de responsabilité dans la construction d’universités publiques burkinabè plus compétitives, plus visibles et davantage connectées aux réseaux scientifiques internationaux. On vous sait passionné de la recherche, ce domaine pointu et très exigeant. Pourquoi avez-vous opté de vous y lancer, alors que votre cursus vous offre des possibilités plus lucratives et surtout sur l’échiquier international ? C’est vrai que la recherche est un domaine exigeant, et qu’il existe d’autres possibilités professionnelles, parfois plus lucratives. Mais pour moi, la recherche est avant tout une vocation. J’ai toujours été convaincu que la connaissance peut contribuer à transformer nos sociétés et à apporter des réponses aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Mon choix est également lié à une conviction : l’Afrique doit produire davantage de connaissances sur elle-même et pour elle-même. Nous avons besoin de chercheurs africains capables d’analyser nos réalités, de proposer des solutions adaptées à nos contextes et de participer aux débats scientifiques internationaux. La recherche offre aussi une liberté intellectuelle et une possibilité extraordinaire de comprendre les phénomènes, de transmettre les connaissances et de contribuer à la formation des générations futures. C’est cette combinaison entre production de connaissances, enseignement et impact sur la société qui me motive. Enfin, je ne considère pas la recherche comme une voie opposée à l’international. Au contraire, elle permet de porter la voix de nos institutions et de nos pays dans les réseaux scientifiques internationaux. Mon ambition est donc d’effectuer une recherche ancrée dans les réalités africaines, mais ouverte sur le monde. C’est un choix qui demande de la patience, de la persévérance et beaucoup de travail, mais je pense que l’impact que l’on peut avoir sur plusieurs générations constitue une forme de richesse qui dépasse largement la dimension financière. N’avez-vous pas parfois un pincement au cœur, quand on sait qu’à l’international, non seulement les traitements sont consistants, mais les conditions de travail sont aussi favorables ? Il serait malhonnête de dire que je n’y pense jamais. Les conditions de travail et les rémunérations sont effectivement souvent plus favorables à l’international, et cela peut naturellement susciter des interrogations. Mais je ne ressens pas cela comme un regret. Je pense surtout que nous devons contribuer à améliorer les conditions de la recherche chez nous, plutôt que de considérer que les meilleures opportunités se trouvent nécessairement ailleurs. Le Burkina Faso et l’Afrique ont besoin de chercheurs qui acceptent de relever ce défi et de construire des institutions scientifiques solides pour peu que les gouvernements de ces pays acceptent d’investir dans l’enseignement supérieur et la recherche. SONABELservices L’impact d’une carrière dans l’enseignement et la recherche est davantage collectif. Former la jeunesse, produire des connaissances et contribuer au développement du pays constituent, à mes yeux, un engagement qui dépasse la seule dimension financière. Par ailleurs, travailler au Burkina Faso ne signifie pas être coupé du monde. La recherche est par nature internationale. Nous pouvons collaborer avec des universités, des chercheurs et des réseaux internationaux, participer à des conférences, publier dans des revues internationales et développer des projets communs, tout en restant fortement ancrés dans nos réalités locales. Donc, oui, je suis conscient des écarts qui existent, mais je préfère voir ces écarts comme un défi à relever, plutôt que comme une raison de renoncer. Si nous voulons que nos universités et nos centres de recherche deviennent plus compétitifs, plus visibles et mieux classés, il faut aussi que les pays acceptent d’investir massivement dans le développement du capital humain et que les chercheurs et enseignants-chercheurs s’investissent également pour les faire progresser. Au fond, mon choix est guidé par une conviction : on peut avoir une carrière scientifique internationale, tout en restant utile à son pays. C’est cette possibilité qui donne du sens à mon engagement. On peut retenir de vos explications que le classement/la visibilité des universités burkinabè vous tient à cœur ! Absolument. La visibilité et le rayonnement de nos universités me tiennent particulièrement à cœur, parce qu’ils constituent aussi une vitrine du Burkina Faso sur la scène scientifique internationale. SONABELservices Mais au-delà du classement en lui-même, l’enjeu est surtout de renforcer la qualité de la formation, de la recherche et de la production scientifique. Un bon classement doit être la conséquence d’un travail de fond : des chercheurs bien accompagnés, des publications de qualité, des collaborations internationales, des infrastructures adaptées et surtout une capacité à produire des connaissances qui répondent aux défis de notre société. Je pense que nous avons au Burkina Faso, des enseignants, des chercheurs et des étudiants de grande qualité. Les résultats obtenus par nos enseignants-chercheurs dans le cadre des différents Comités techniques spécialisés (CTS) du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES), ainsi que les distinctions et prix remportés par nos étudiants à l’international, en sont une parfaite illustration. Ce qui nous manque encore, ce sont davantage de moyens, de visibilité et de mécanismes permettant de valoriser cette qualité. C’est pourquoi chacun doit apporter sa contribution, à son niveau, pour améliorer le rayonnement de nos universités. À travers mes activités de recherche, mes publications, mes collaborations internationales et mon engagement au sein du CERDHA, j’essaie modestement de contribuer à cette dynamique. Notre ambition doit être de faire en sorte que les universités burkinabè soient davantage présentes dans les classements, les réseaux scientifiques et les débats internationaux, tout en restant profondément ancrées dans les réalités et les besoins du Burkina Faso. L’endogénéisation et la décolonisation de l’enseignement et de la recherche ne doivent pas signifier la déconnexion avec le reste du monde. Vous l’avez souligné autrement, depuis quelques décennies, l’université publique est une sorte de concentré de difficultés. Mais depuis un moment, l’un des gros soucis, à savoir les retards dans les filières, est résorbé dans de nombreuses filières ; peut-on dire que la tendance est bonne ? Oui, je pense qu’on peut dire que la tendance est encourageante, même s’il faut rester prudent et ne pas considérer que tous les problèmes de l’université publique sont définitivement réglés. La résorption des retards et des chevauchements des années académiques constitue une avancée majeure, notamment parce qu’elle permet aux étudiants de retrouver un calendrier de formation plus normal et plus prévisible. À l’université Thomas Sankara, par exemple, la sortie de 2 094 étudiants issus de 22 promotions de licence, le 31 juillet 2026, a officiellement marqué la fin des retards et des chevauchements des années académiques. Mais cette avancée doit être considérée comme un point de départ, plutôt qu’un aboutissement. Il faut maintenant consolider cette normalisation et s’attaquer aux autres défis : la qualité de la formation, les effectifs, les infrastructures, les équipements, les conditions de travail des enseignants et des étudiants, mais aussi le financement et la qualité de la recherche. Il faut aussi faire attention à ne pas sacrifier la qualité pour la quantité. Les deux doivent nécessairement aller de pair. Je reste donc optimiste. Si nous parvenons à maintenir la régularité académique tout en améliorant progressivement les conditions d’enseignement et de recherche, nous pouvons véritablement engager une nouvelle dynamique pour nos universités publiques. C’est cette dynamique qu’il faut consolider collectivement. Pour revenir à la recherche, quel est l’état que vous en faites au Burkina Faso ? SONABELservices Je dirais que la recherche scientifique au Burkina Faso dispose d’un potentiel important, mais reste confrontée à des contraintes majeures. Nous avons des enseignants-chercheurs, des chercheurs et des étudiants talentueux, ainsi que des productions scientifiques de qualité. Le ministère lui-même reconnaît que la recherche et l’innovation constituent un levier important du développement socio-économique du pays. Le principal défi reste toutefois celui des moyens : financement insuffisant et irrégulier des projets, manque d’équipements et d’infrastructures adaptés, difficultés d’accès aux données et aux outils scientifiques, et conditions de travail qui ne permettent pas toujours aux chercheurs de donner le meilleur d’eux-mêmes. Il faut donc continuer à renforcer les mécanismes de financement et les infrastructures de recherche. Il y a néanmoins des signes encourageants. On observe une volonté de mieux structurer la recherche autour de programmes répondant aux priorités nationales. En juillet 2026, par exemple, le MESRI (Ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation) a lancé des initiatives visant à constituer des équipes mixtes de recherche sur des chaînes de valeur comme l’anacarde et a également annoncé des programmes nationaux dédiés à la mangue et au soja. À mon avis, le véritable enjeu aujourd’hui est de passer d’une recherche essentiellement académique à une recherche davantage orientée vers la résolution des problèmes du pays. Nos chercheurs doivent pouvoir produire des connaissances qui contribuent à l’agriculture, à la santé, à l’éducation, à l’industrie, à l’environnement, à la gouvernance et, plus largement, à la transformation structurelle de notre économie. Il faut également renforcer les collaborations entre universités, centres de recherche, pouvoirs publics et secteur privé, ainsi que les partenariats internationaux. Cela permettrait de mobiliser davantage de ressources, de renforcer les capacités de nos chercheurs et surtout de mieux valoriser les résultats de la recherche. Je voudrais vraiment insister sur la faible appropriation des résultats de la recherche. Il existe encore une déconnexion entre les universités, les décideurs publics et le secteur privé. Il est donc essentiel de renforcer les liens entre recherche, formation, politiques publiques et secteur privé, afin que les connaissances produites dans nos universités puissent réellement contribuer au développement. Sinon, les résultats des chercheurs risquent de rester dans les tiroirs, transformant les investissements consacrés à la recherche en investissements insuffisamment valorisés. Assembléelégislative Je reste optimiste, car le Burkina Faso dispose des compétences et du potentiel scientifique nécessaires. Ce qui manque encore, c’est de créer un environnement qui permette à ces compétences de s’exprimer pleinement et de valoriser les résultats de leurs recherches. Investir dans l’enseignement et la recherche, c’est investir dans notre capacité à trouver nous-mêmes les solutions aux problèmes de développement du Burkina Faso. C’est pour vous le principal défi ? Oui, je pense que la faible appropriation et la valorisation des résultats de la recherche constituent aujourd’hui l’un des principaux défis. Les chercheurs et les enseignants-chercheurs produisent de plus en plus de connaissances de qualité, mais la question essentielle est de savoir comment ces connaissances peuvent être transformées en décisions, en innovations et en solutions concrètes pour la société. Il existe encore une certaine déconnexion entre les universités, les décideurs publics et le secteur privé. Beaucoup de travaux sont réalisés sur des problématiques qui concernent directement le développement du pays, mais leurs résultats ne sont pas toujours suffisamment connus ou pris en compte dans la formulation et la mise en œuvre des politiques publiques. Les politiques publiques devraient davantage s’appuyer sur les données, les preuves et les travaux scientifiques pour mieux anticiper leurs conséquences économiques et sociales. L’expérience des programmes d’ajustement structurel (PAS) des années 1980-1990 montre qu’une politique mise en œuvre sans évaluation suffisante de ses effets peut engendrer des conséquences sociales importantes. La recherche doit donc être davantage intégrée au processus de décision publique afin de concevoir des politiques plus efficaces, adaptées et socialement soutenables. Ce qui est vrai pour le public, l’est aussi pour le privé qui pourrait tout autant tirer profit de nombreuses innovations et connaissances produites dans nos universités. Assembléelégislative Il faut donc créer de véritables passerelles entre la recherche, la formation, les politiques publiques et le monde économique. Cela passe par davantage de dialogue entre chercheurs et décideurs, des cadres réguliers d’échanges, des partenariats avec les entreprises, mais aussi par une meilleure vulgarisation des résultats scientifiques afin qu’ils soient accessibles aux utilisateurs potentiels. Assembléelégislative Je pense également que les chercheurs doivent fournir un effort pour sortir du langage exclusivement académique et mieux communiquer leurs résultats. Une excellente recherche qui reste dans une revue scientifique ou dans un tiroir ne produit pas tout son potentiel d’impact. Il faut pouvoir traduire les résultats en recommandations compréhensibles et opérationnelles pour les décideurs, les entreprises et la société. Enfin, cette question est importante parce que la recherche représente un investissement public et privé. Lorsque des ressources sont consacrées à la production de connaissances, nous devons nous assurer que ces connaissances contribuent effectivement à résoudre des problèmes. Sinon, nous risquons d’avoir des résultats scientifiques de qualité mais insuffisamment valorisés. Pour moi, l’objectif doit donc être de passer progressivement d’une logique de « publier pour publier » à une logique de « produire des connaissances pour transformer ». C’est à cette condition que la recherche pourra jouer pleinement son rôle dans le développement économique et social du Burkina Faso. N’y a-t-il pas, dans les Etats africains, une mauvaise appréhension même de la recherche, tendant à la coller au public, à l’État ? Oui, je pense qu’il existe encore une perception assez réductrice de la recherche en Afrique, souvent considérée comme une activité relevant principalement de l’État et des universités publiques. Cette perception est liée au fait que l’État demeure le principal financeur de la recherche dans beaucoup de pays africains. Mais la recherche ne devrait pas être l’affaire du seul secteur public. La recherche est avant tout un investissement collectif et un moteur de développement. Le secteur privé, les entreprises, les organisations de la société civile et les partenaires au développement ont également intérêt à investir dans la production de connaissances et l’innovation. Dans les économies développées, une part importante de la recherche est portée ou financée par les entreprises, parce qu’elles y voient un moyen d’améliorer leur productivité, leur compétitivité et leur capacité d’innovation. Au Burkina Faso et en Afrique, nous devons donc progressivement passer d’une vision de la recherche comme une dépense publique à une vision de la recherche comme un investissement stratégique. Cela suppose de renforcer les partenariats entre universités, État et secteur privé, mais aussi de créer des mécanismes permettant aux entreprises de financer des recherches répondant à leurs besoins. SONABELservices Il faut également mieux valoriser les résultats de la recherche. Une entreprise qui bénéficie d’une innovation issue d’un laboratoire ou d’une étude universitaire doit pouvoir y trouver un intérêt économique, tandis que l’État doit pouvoir utiliser les résultats scientifiques pour améliorer ses politiques publiques. Je pense donc qu’il faut décloisonner la recherche. Elle doit être au service de toute la société et mobiliser l’ensemble des acteurs. C’est en créant cette culture de la recherche et de l’innovation que nous pourrons renforcer notre capacité à résoudre nos problèmes et accélérer le développement de nos économies. Au Burkina, la recherche a-t-elle vraiment des résultats ? Oui, la recherche au Burkina Faso produit bel et bien des résultats, et nous avons des chercheurs et des équipes qui réalisent des travaux de grande qualité. Le problème n’est donc pas l’absence de résultats, mais plutôt leur valorisation et leur appropriation. Nous produisons des connaissances dans plusieurs domaines : agriculture, santé, éducation, environnement, économie, sciences sociales, technologies, etc. Certaines recherches ont permis de mieux comprendre nos problèmes et de proposer des solutions adaptées à nos réalités. Nous avons également des innovations issues de nos universités et centres de recherche. Le véritable défi est de faire en sorte que ces résultats sortent des laboratoires et des publications scientifiques pour être utilisés concrètement. Une recherche n’atteint son plein potentiel que lorsqu’elle contribue à améliorer une politique publique, une pratique professionnelle, une technologie, un procédé de production ou, plus largement, les conditions de vie des populations. Il faut donc renforcer les mécanismes de transfert de technologie, de valorisation des innovations et de dialogue entre chercheurs, décideurs publics et secteur privé. Il faut également mieux financer la recherche et accompagner les chercheurs dans la transformation de leurs résultats en solutions opérationnelles. Donc, oui, la recherche burkinabè donne des résultats. Nous devons maintenant faire davantage pour les faire connaître, les valoriser et surtout les transformer en applications concrètes. C’est à ce niveau que se situe, à mon avis, le principal enjeu. Vous avez la ferme conviction que la recherche en Afrique peut vraiment constituer un facteur pour le développement à travers notamment des institutions fortes. Comment cela peut-il être possible ? Oui, j’en suis convaincu. La recherche peut être un véritable moteur du développement de l’Afrique, à condition qu’elle soit mieux financée, mieux valorisée et surtout mieux connectée aux besoins de la société. Mais pour que cela soit possible, nous avons besoin d’institutions fortes et efficaces. Une institution forte, c’est une institution qui dispose de ressources humaines compétentes, de moyens financiers et matériels, mais aussi de règles et de mécanismes permettant de transformer les connaissances produites en décisions et en actions concrètes. La recherche doit pouvoir éclairer les politiques publiques, accompagner le secteur privé et contribuer à l’innovation. Assembléelégislative Il faut donc créer une véritable chaîne entre la production de connaissances, la formation, la décision publique et l’activité économique. Par exemple, lorsqu’un chercheur identifie, à partir de données et d’analyses scientifiques, une politique susceptible d’améliorer l’emploi des jeunes ou la productivité agricole, il faut que ses résultats puissent être transmis aux décideurs et éventuellement expérimentés sur le terrain. Cela suppose également de renforcer les liens entre universités, centres de recherche, administrations publiques et entreprises. Le secteur privé doit pouvoir solliciter les chercheurs pour résoudre certains problèmes, tandis que les pouvoirs publics doivent davantage recourir aux preuves scientifiques dans la conception et l’évaluation des politiques. Dans le domaine de l’agriculture, par exemple, il faut promouvoir un partenariat multi-acteurs réunissant les chercheurs, les producteurs, les incubateurs et les autres acteurs concernés. Il faut favoriser une véritable interaction entre ces différents acteurs. Le chercheur doit travailler avec le producteur afin de mieux comprendre ses besoins et d’identifier les problèmes auxquels il est confronté. Il peut ensuite concevoir et développer une innovation, jusqu’au stade du prototype, avant de passer aux phases de mise à l’échelle et de diffusion, qui correspondent à la valorisation de l’innovation. Pour moi, une institution forte doit justement être capable de créer un cadre permettant à tous ces acteurs de travailler ensemble. Le chercheur ne doit pas s’enfermer dans son bureau pour concevoir une innovation, puis chercher, a posteriori, à la faire adopter par les producteurs. L’innovation doit être construite avec les utilisateurs et en réponse à leurs besoins. Nous devons investir dans la formation des chercheurs, les infrastructures, les laboratoires, les données et les financements compétitifs, tout en encourageant les jeunes chercheurs à publier, à communiquer leurs résultats et à développer des collaborations internationales. Si nous réussissons à mettre en place cet écosystème, la recherche ne sera plus simplement une activité académique : elle deviendra un véritable outil de transformation économique et sociale. C’est dans cette perspective que je crois profondément que des institutions de recherche fortes peuvent contribuer à faire sortir l’Afrique de certaines contraintes structurelles et à accélérer son développement. Avec ce que vous venez de dépeindre, et en tant qu’enseignant-chercheur, ayant également pour mission d’encadrer des étudiants, quel est l’impact de cette situation faite d’énormes insuffisances sur la formation ? Oui, ces insuffisances ont nécessairement un impact sur la formation, parce que la qualité de l’enseignement est intimement liée aux conditions dans lesquelles les enseignants et les étudiants travaillent. Lorsqu’il y a des effectifs importants, un manque de salles, d’équipements, de ressources documentaires, de laboratoires ou encore de moyens pour la recherche, il devient plus difficile d’offrir aux étudiants un accompagnement de qualité. Mais, je pense qu’il faut éviter de présenter la situation uniquement sous l’angle des difficultés. Nous avons au Burkina Faso des enseignants et des étudiants qui font preuve de beaucoup de résilience et d’engagement. Malgré les contraintes, ils continuent à enseigner, à encadrer, à faire de la recherche et à produire des résultats. SONABELservices Le véritable risque est cependant de privilégier la quantité au détriment de la qualité. Former davantage d’étudiants est une bonne chose, mais il faut s’assurer qu’ils acquièrent réellement les connaissances, les compétences pratiques, l’esprit critique et les capacités d’analyse nécessaires pour leur insertion professionnelle et leur contribution au développement du pays. Il faut également renforcer le lien entre formation et recherche. Un étudiant doit pouvoir être exposé aux travaux scientifiques, aux données, aux méthodes de recherche et aux débats contemporains. C’est ainsi que nous pouvons former non seulement des diplômés, mais de véritables professionnels et chercheurs capables de résoudre des problèmes. À mon niveau, j’essaie de faire en sorte que les contraintes ne constituent pas une fatalité. Nous devons utiliser les outils numériques, développer les collaborations, orienter davantage les étudiants vers la recherche et créer des opportunités d’apprentissage en dehors du cadre traditionnel. Mais, à long terme, il faut surtout investir davantage dans les enseignants, les infrastructures, les bibliothèques, les laboratoires, les outils numériques et le financement de la recherche. La qualité de la formation est directement liée à notre capacité à investir dans l’écosystème universitaire. En définitive, nous ne devons pas seulement chercher à former beaucoup de jeunes ; nous devons surtout nous assurer que nous les formons bien. C’est une condition essentielle pour que le capital humain devienne véritablement un moteur du développement du Burkina Faso et de l’Afrique. SONABELservices A tort ou à raison, les étudiants sont de plus en plus objet à critiques ; des observateurs estiment que nombreux sortent avec beaucoup d’insuffisances. Quel commentaire faites-vous de cette perception ? Je pense qu’il faut reconnaître qu’il existe des insuffisances chez certains étudiants, mais il serait injuste de généraliser et de faire porter toute la responsabilité aux étudiants. La qualité de la formation dépend d’un ensemble de facteurs : les conditions d’apprentissage, les effectifs, l’encadrement, les équipements, les ressources pédagogiques, mais aussi l’engagement personnel de l’étudiant. Il faut également reconnaître que les étudiants évoluent aujourd’hui dans un environnement qui a beaucoup changé. L’accès à l’information est devenu plus facile, notamment grâce à internet et aux outils numériques, mais avoir accès à l’information ne signifie pas nécessairement savoir l’analyser, la vérifier et l’utiliser correctement. C’est justement l’une des compétences que l’université doit développer davantage. À mon avis, l’enjeu est donc moins de stigmatiser les étudiants que de nous interroger collectivement sur la qualité de la formation que nous leur offrons. Si nous voulons des diplômés mieux préparés, il faut renforcer la qualité de l’encadrement, développer les formations pratiques, favoriser la recherche, l’esprit critique et la résolution de problèmes, et rapprocher davantage les formations des besoins du monde professionnel. L’étudiant a évidemment sa part de responsabilité : il doit être curieux, travailler, lire, chercher et développer continuellement ses compétences. Mais l’université, les enseignants, les pouvoirs publics et même le secteur privé ont également une responsabilité dans la construction de cette qualité. Je pense surtout qu’il ne faut pas avoir une vision pessimiste de notre jeunesse. Nous avons beaucoup d’étudiants brillants, ambitieux et capables de rivaliser avec ceux d’autres pays. Ce qu’il faut, c’est leur donner les conditions et l’accompagnement nécessaires pour révéler pleinement leur potentiel. C’est aussi pourquoi l’encadrement et les initiatives de renforcement des capacités sont essentiels. Parlant d’effort personnel à consentir, on a le développement du numérique, avec aujourd’hui la question de l’IA. Une force ou une faiblesse, lorsque vous vous référez au vécu avec vos apprenants ? Merci pour cette question. Dans le cadre du CERDHA, nous avons organisé au mois de juillet 2026, une formation sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la recherche scientifique. Cette formation a connu une cinquantaine de participants venant de plusieurs universités et centres de recherche du Burkina Faso. SONABELservices Je pense que l’intelligence artificielle est à la fois une formidable opportunité et un véritable défi pour l’enseignement supérieur. Tout dépend de la manière dont nous l’utilisons. Du côté des opportunités, l’IA peut aider les étudiants à accéder plus facilement à l’information, à comprendre certaines notions complexes, à améliorer leurs travaux et à développer de nouvelles compétences. Pour les enseignants et les chercheurs, elle peut également faciliter la recherche documentaire, l’analyse des données, la rédaction et l’exploration de nouvelles pistes de recherche. Mais le risque est de transformer l’IA en outil de substitution à l’effort intellectuel. Si un étudiant demande à l’IA de faire son mémoire, son devoir ou son analyse à sa place sans chercher à comprendre, il peut obtenir un document bien présenté mais ne pas avoir réellement développé les compétences attendues. À terme, cela peut aggraver les insuffisances que nous constatons déjà. C’est pourquoi, je ne suis pas favorable à une approche qui consiste simplement à interdire l’IA. Il faut plutôt apprendre aux étudiants à bien l’utiliser. Ils doivent savoir poser les bonnes questions, vérifier les informations, identifier les erreurs et les biais, citer correctement les sources et surtout conserver leur capacité de réflexion et d’analyse. L’IA doit être considérée comme un assistant et non comme un substitut à l’étudiant ou à l’enseignant. L’effort personnel reste indispensable. Un étudiant qui utilise l’IA pour mieux comprendre, approfondir ou explorer une question peut en tirer de nombreux bénéfices. Mais, celui qui l’utilise pour éviter de réfléchir se prive lui-même de l’essentiel de sa formation. À mon avis, l’université doit donc intégrer rapidement la culture et l’éthique de l’IA dans les formations des étudiants et des enseignants-chercheurs. Il ne s’agit plus de savoir si les étudiants vont utiliser l’IA, puisqu’ils l’utilisent déjà, mais de leur apprendre à en faire un usage responsable, critique et productif. C’est ainsi que le numérique et l’intelligence artificielle pourront devenir des leviers d’amélioration de la qualité de la formation plutôt que de nouvelles sources de fragilité. Pour clore…, un message à une entité précise ? Oui. Si je devais adresser un message à une entité précise, ce serait d’abord à la jeunesse burkinabè, notamment aux étudiants et aux jeunes chercheurs. Je voudrais leur dire de croire en leurs capacités, de travailler, de se former continuellement et surtout de ne pas craindre l’exigence. Les difficultés que nous connaissons ne doivent pas devenir une excuse pour renoncer à l’excellence. Le numérique et l’intelligence artificielle offrent aujourd’hui des opportunités extraordinaires ; il faut les utiliser pour apprendre, innover et produire, et non pour éviter l’effort. Je voudrais également lancer un appel aux pouvoirs publics et au secteur privé pour qu’ils investissent davantage dans l’éducation, la recherche et l’innovation. Nous ne pouvons pas construire une économie forte sans capital humain de qualité et sans production de connaissances. Enfin, j’encourage les chercheurs burkinabè et africains à davantage collaborer, à sortir de leurs laboratoires, à communiquer leurs résultats et à travailler sur les problèmes concrets de nos sociétés. Le développement de l’Afrique ne viendra pas uniquement de l’extérieur. Nous devons aussi produire les connaissances, les compétences et les solutions qui permettront de construire notre propre avenir. C’est un défi collectif, et chacun doit y apporter sa contribution. Interview réalisée par Oumar L. Ouédraogo Lefaso.net |
아프리카의 지식 주권과 인적 자본: 이드리싸 우에드라오고 박사 인터뷰로 본 부르키나파소의 미래
부르키나파소 토마스 상카라 대학교(Thomas Sankara University)의 개발경제학 교수이자 '아프리카 인간개발연구센터(CERDHA)' 소장인 이드리싸 우에드라오고(Idrissa Ouédraogo) 박사와의 인터뷰는, 최근 사헬 지역 국가들이 직면한 표면적 경제 성장 이면에 숨겨진 기초 인프라 및 교육 체계의 부실을 날카롭게 지적하고 있습니다. "아프리카는 스스로를 위한 지식을 직접 생산해야 한다"는 철학적 선언을 담고 있는 이 인터뷰의 핵심 내용을 분석 및 요약합니다.
1️⃣ 인적 자본의 재정의와 '질적 성장'으로의 전환
우에드라오고 박사가 이끄는 CERDHA는 인간을 경제·사회 발전의 중심에 두는 '인간개발(Human Development)'을 목표로 하는 독립 연구 기관입니다. 그는 국가 발전의 핵심 동력인 '인적 자본(Human Capital)'을 단순한 교육 이수 수준으로 한정해서는 안 되며, 건강, 기술, 지식, 사회 참여 능력을 모두 포괄하는 광범위한 개념으로 이해해야 한다고 강조합니다.
현재 부르키나파소는 양적으로 많은 졸업생을 배출하고 있으나, 극심한 교실 과밀화, 실습실 및 도서관 부족 등 열악한 인프라로 인해 실질적인 역량을 갖춘 인재 양성에 한계를 겪고 있습니다. 진정한 경제 변혁(농업 현대화, 산업화, 디지털 경제 구축)을 이룩하기 위해서는 교육과 연구에 대한 국가 차원의 대대적인 '질적 투자'가 필수적입니다.
2️⃣ 부르키나파소 연구 생태계의 역설: "출판을 위한 출판"
부르키나파소의 학계는 뛰어난 교수진과 열정적인 연구자들을 보유하고 있으며, 아프리카·마다가스카르 고등교육협의회(CAMES) 등 국제 무대에서도 그 역량을 입증하고 있습니다. 특히 최근 2026년 7월, 토마스 상카라 대학이 수십 년간 고질병이었던 학사 일정 지연 문제를 공식적으로 해결한 것은 매우 고무적인 성과입니다. 그러나 연구 생태계는 여전히 심각한 구조적 한계에 부딪혀 있습니다.
연구와 현장의 심각한 단절: 현재 대학에서 생산되는 양질의 논문과 연구 결과들은 정책 입안자나 민간 기업의 현장에 전달되지 못하고 학계 내부에만 머물러 있습니다.
보상 체계의 한계: 학자들의 평가가 '국제 학술지 논문 출판 횟수'에 치중되어 있어, 실제 사회 문제를 해결하는 '변혁을 위한 연구(Research to Transform)'보다는 단순히 학자의 명성을 위한 '출판을 위한 출판'이 성행하고 있습니다.
다중행위자 파트너십의 부재: 박사는 이를 해결하기 위해 연구자, 정부, 민간 기업, 그리고 현장 생산자(예: 최근 정부가 추진 중인 캐슈너트, 망고 농업 연구팀)가 긴밀하게 소통하는 협력망 구축이 시급하다고 지적합니다. 1980년대 구조조정프로그램(SAP)의 실패 사례처럼, 과학적 증거와 현장 연구에 기반하지 않은 정책은 심각한 사회적 부작용을 낳기 때문입니다.
3️⃣ 학생 역량 논란과 AI가 가져온 교육의 양면성
현대 부르키나파소 대학생들의 역량 부족을 비판하는 사회적 시선에 대해, 박사는 "문제의 근본 원인은 학생 개인이 아니라 낙후된 교육 시스템 전체에 있다"고 단언합니다. 열악한 환경 속에서도 부르키나파소의 청년들은 놀라운 학구열과 회복력(Resilience)을 보여주고 있습니다.
또한, 2026년 7월 CERDHA가 주최한 교육에서도 화두가 되었던 '인공지능(AI)'의 도입은 양날의 검입니다.
기회와 위험: AI는 데이터 분석과 문헌 탐색을 돕는 훌륭한 '조수(Assistant)'가 될 수 있습니다. 그러나 학생이 비판적 사고 없이 AI에 전적으로 의존하여 스스로의 사고 과정을 '대체(Substitute)'하려 든다면, 이는 심각한 지적 능력 저하로 이어질 것입니다.
금지가 아닌 교육: 대학은 AI 사용을 무조건 금지할 것이 아니라, 윤리적이고 비판적인 AI 활용법을 정식으로 가르쳐야만 디지털 시대의 경쟁력을 확보할 수 있습니다.
4️⃣ 학자의 소명: 세계를 향하되, 지역에 뿌리내리다
우에드라오고 박사는 해외의 높은 연봉과 쾌적한 연구 환경을 마다하고 조국에 남은 이유를 굳건한 '소명 의식'으로 설명합니다. 국제적인 학술 네트워크와 교류하고 글로벌 표준을 유지하면서도, 부르키나파소와 아프리카의 척박한 현실을 직접 분석하고 현지에 맞는 해결책을 제시하는 것이 학자로서의 진정한 역할이라는 것입니다. 이는 개인의 부를 축적하는 것을 넘어, 다음 세대를 양성하여 국가 발전에 기여하는 '집단적 영향력'을 최우선시한 결단입니다.
🎯 결론: 아프리카 지식 주권의 확립
인터뷰를 관통하는 가장 강력한 메시지는 다음과 같습니다.
"자신의 미래를 건설하기 위해, 아프리카는 자신에 대해, 자신을 위해 더 많은 지식을 생산해야 한다."
이 선언은 아프리카가 서구의 지식과 원조 패러다임에 의존하던 과거에서 벗어나, 스스로 문제를 진단하고 독자적인 해법을 도출하는 '지식 주권'을 확립해야 함을 뜻합니다. 최근 쿠데타 이후 군부 정권 아래에서 안보와 표면적 국가 행사에 행정력이 집중되는 가운데, 우에드라오고 박사의 인터뷰는 국가의 진정한 자주성은 튼튼한 교육 인프라와 자체적인 지식 생산 능력이 뒷받침될 때 비로소 완성된다는 뼈아픈 진실을 일깨워 줍니다.
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