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La mondialisation n’est plus ce qu’elle était
14 Sep 2026 - 11:56
Qui se souvient encore de la mondialisation qualifiée d’heureuse qui succéda aux Trente glorieuses cassées par la crise pétrolière de 1978 ? C’était le temps des vertus de l’interdépendance – où certains étaient plus dépendants que d’autres – et du doux commerce qui devaient assurer forte croissance, développement et réduction des inégalités mondiales, notamment du fameux fossé Nord-Sud. Portée par des conditions permissives comme la révolution numérique indispensable à la finance mondiale et à la circulation de l’information, et l’abaissement massif des coût de transport des marchandises, la vague, d’inspiration libérale, parcourut toute la planète et s’évertua à imposer des normes mondiales.
En réalité il ne s’agissait que d’une partie du monde – l’Occident et ses annexes du Sud, souvent d’anciennes colonies – et le processus écartait soigneusement le monde soviétique et la Chine qui étaient soumis à ce qu’il faut appeler une éviction des échanges mondiaux et à un isolement contraint les entrainant dans une quasi-autarcie non- désirée. Des organismes furent même créés - comme le Cocom - pour veiller à ce qu’aucune marchandises ou matériels sensibles ne puissent être exportés en direction de ces pays. Puis plus tard les politiques d’embargos et de sanctions économiques apparurent.
Car on avait découvert que la multiplication des flux, facteur d’interdépendance, pouvait devenir des armes en se transformant en moyen de pression pour contraindre – obliger ou empêcher de faire – devenant ainsi des armes alimentaire, pétrolière, financière, technologique. On parle aujourd’hui de train de sanctions.
Face à ce monde émergèrent des oppositions rassemblées derrière les États du Sud qui se constituèrent en Groupe des 77 aux Nations unies et portèrent la revendication d’un Nouvel Ordre Économique International à partir des besoins de développement national en explorant les pistes de réformes d’un ordre international dominant qui bloquait les possibilités de développement.
Plus tard, à la fin du XXème siècle, face aux excès de cette mondialisation qui paraissaient devoir être corrigés, des voix surgirent pour réclamer une mondialisation « juste » ou non –libérale, voire pour préconiser la démondialisation. C’est sous le terme d’altermondialisme que s’élabora cet ensemble de revendications ponctué par des rassemblements mondiaux (Forum sociaux) qui se voulaient des contre-Davos. Cette mouvance, sans enracinement national et en apesanteur désignant des ennemis virtuels (Système mondial, FMI, Banque mondiale) entra en déshérence au début du XXIème siècle lorsqu’apparut le tournant à gauche de l’Amérique latine (Brésil, Venezuela, Bolivie) qui prouva qu’il était possible de réorienter le chemin du développement et de réaliser des conquêtes sociales sans attendre la réforme ou la chute du système mondial.
L’effondrement du monde soviétique obligea l‘Occident à redéfinir une position post-guerre froide face à la nouvelle Russie. Elle s’articulait autour de trois propositions : économie de marché, démocratie et insertion dans l’économie mondiale, cette dernière revendication ayant pour but de faciliter le pillage de ce pays et d’ouvrir tous les paradis fiscaux aux nouveaux oligarques.
Puis la Chine émergea, notamment après son adhésion à l’OMC au début du XXIème siècle et pendant une dizaine d’années connut des taux de croissance spectaculaires et jeta les bases d’un pays moderne, n’hésitant pas à tenir au Sommet de Davos une ode au libre commerce devant une assistance étonnée car déjà sensible aux thèses protectionnistes qui commençaient à se répandre. Cette période se caractérisa par une coopération entre la Chine et les États-Unis marquée par des intérêts communs, l’une achetant à l’autre ses Bons du Trésor et l’autre lui achetant ses marchandises exportées, au début de bas de gamme puis de plus en plus sophistiquées. Chacun considérait l’autre comme un partenaire, un concurrent mais pas comme un ennemi. On parla même d’un condominium partagé sur le monde, un G-2, face à une Russie et une Europe déclinantes.
L’arrivée du premier mandat de Trump changea la donne qui fut poursuivie par Biden. La montée d’un discours antichinois fît son apparition et imprégna toute la classe politique américaine, Républicains comme Démocrates et reste maintenue de façon obsessionnelle jusqu’à aujourd’hui. La Chine fut désignée comme la responsable de tous les maux qui gagnaient la société américaine et porteuse des pires menaces. Bref, à la coopération avait fait place l’affrontement. Dans la foulée, c’est le monde entier qui devenait l’ennemi de l’Amérique, à commencer par ses alliés européens victimes de la politique des droits de douane témoins du tournant protectionniste qui désormais devint la nouvelle doxa de la mondialisation pensée désormais comme un terrain d’affrontements. Étudier L'Économie
La guerre entre la Russie et l’Otan déclenchée en terre d’Ukraine accoucha d’un nouveau monde où chacun dut se positionner, notamment lors des votes aux Nations unies qui révélèrent un monde occidental resserrant les rangs face à un Sud global qui ne souhaitait pas s’impliquer dans ce conflit. Le monde avait changé et le poids des pays occidentaux dans l’économie mondiale s’était affaibli au fur à mesure que la mondialisation progressait. Cette perte d’influence s’est traduite pour les pays du G-7 par un passage de 50 % à 31 % du PIB mondial des années 80 à aujourd’hui entraînant une perte de leur capacité d’influence indiscutable face à la montée des pays du Sud qui s’étaient dotés de structures de coordination comme l’Organisation de Coopération de Shanghai regroupant une dizaine de pays dont la Chine, l’Inde, la Russie, l’Iran, le Pakistan. Le monde disait-on était entré en économie de guerre. En fait c’est la logique sur laquelle l’économie mondiale fonctionnait depuis bientôt cinquante ans qui venait de basculer sur autre chose dont personne n’osait définir les contours. Fondamentalement ce modèle mondialiste permit au capital d’organiser la mise en concurrence des travailleurs, de se jouer des frontières, de s’exciper des acquis sociaux en allant faire ailleurs ce qui devenait interdit chez soi. Dès lors que l’horizon devenait planétaire, la firme multinationale pouvait s’émanciper du contexte social car seul comptait son chiffre d’affaires. Et s’il pouvait être réalisé à l’export, alors qu’importait la fermeture des bassins d’emplois et la montée du chômage. Le chiffre d’affaires devenant mondial on pouvait dégrader l’emploi, casser des secteurs d’activités, démanteler des territoires. Il s’agissait de penser mondial et pour ce faire remodeler les réalités nationales en alléguant une soi-disant contrainte externe. L’attractivité – c’est-à-dire l’abandon des acquis sociaux, la fin des normes fiscales et environnementales – devint l’horizon partout proposé.
La guerre d’Ukraine inaugura une nouvelle façon de lire le monde. Désormais les flux de commerce mondiaux ne pouvaient plus uniquement servir à satisfaire des recherche de profits en s’appuyant sur de moindre coûts, mais ils devaient satisfaire à des exigences géopolitiques incluant la conflictualité en cours. À l’ombre de ces visions apparût même la théorie de l’« écologie de guerre ». Le commerce se fait entre amis, même s’il devient plus coûteux. Mieux vaut acheter du GNL liquéfié aux États-Unis, plus cher et plus polluant que du gaz russe livré à travers des réseaux de gazoducs installés. La recherche de la sécurité des approvisionnements peut primer désormais sur la recherche d’une production au moindre coût. La globalisation « low cost » a vécu. Le monde se refaçonne. La mondialisation moins dynamique se désoccidentalise, s’organise de plus en plus vers des blocs antagoniques et ramène sur le devant de la scène de vieux conflits historiques qui avaient opposés Nord et Sud. Étudier L'Économie
La guerre d’Iran menée par Israël et les États-Unis a fait apparaître l’importance d’une logique de flux, c’est-à-dire du contrôle des routes commerciales qui devient ainsi une des dimensions du pouvoir qui s’appuie dès lors sur la capacité à gérer, perturber ou sécuriser les flux, rendant moins essentiels la force militaire, l’étendue des territoires ou le stock de ressources. Ce conflit a fait apparaître l’importance de nœuds géographiques (Ormuz, Bab-Al-Mandeb, Gibraltar, Suez, Malacca, Panama, …) essentiels à la fluidité de la mondialisation qui s’ajoute ainsi à la vulnérabilité des grands réseaux.
Plus que tout discours le vocabulaire qui accompagne et entoure celui sur la mondialisation témoigne bien que celle-ci n’est plus ce qu’elle était. Avant on parlait de libre-échange, d’interdépendance, de coopération, de gains mutuels, de doux commerce, d’alliances, de respect des frontières. Aujourd’hui, les maîtres-mots ont changé. On parle d’économie de guerre, d’embargos, de sanctions, de protectionnisme et de droits de douane, de souveraineté, d’autonomie stratégique de conquêtes et d’annexions. Ce changement de vocabulaire traduit le chemin parcouru en quelques dizaines d’années. Mais la mondialisation n’a pas disparu. Elle transpire seulement l’air du temps.
Michel ROGALSKI
이 기사는 미셸 로갈스키(Michel Rogalski)의 기고문으로, 과거 50년간 세계를 지배했던 '자유주의적 세계화'가 어떻게 종말을 고하고, 힘의 논리가 지배하는 '전시 경제(Economy of war)' 형태의 파편화된 세계로 변모했는지 거시적인 통찰을 제공합니다.
핵심 논지: 경제적 논리(최저 비용)보다 지정학적 안보(동맹과 제재)가 우선시되는 새로운 세계 질서가 도래했다.
1. '행복한 세계화'의 종말과 서방의 쇠퇴
1978년 오일쇼크 이후 시작된 자유주의적 세계화는 '상호의존성'과 '자유 무역'을 미덕으로 삼았습니다. 이 시기 다국적 기업들은 국경과 노동자 보호, 환경 규제를 무시하고 오직 '최저 비용'만을 찾아 전 세계를 누볐습니다.
그러나 이 세계화는 철저히 서방 주도였으며, 당시 소련이나 중국 등은 배제되었습니다. 시간이 흘러 서방(G7)이 세계 GDP에서 차지하는 비중은 1980년대 50%에서 현재 31%로 급감하며 그 영향력을 상실했습니다.
2. 미국과 중국의 관계 역전
중국이 WTO에 가입하고 세계 경제에 편입되었을 때, 초기 미-중 관계는 서로 국채와 상품을 사고파는 동반자적 'G-2' 관계였습니다.
그러나 도널드 트럼프 정권(이후 조 바이든 정권까지)을 기점으로 미국은 중국을 명백한 '적'으로 규정했습니다. 이때부터 보호무역주의가 다시 등장하며 협력이 아닌 '대결'의 시대가 열렸습니다.
3. 우크라이나 전쟁과 '전시 생태계(Écologie de guerre)'의 등장
우크라이나 전쟁은 세계가 서방 블록과 그 갈등에 휘말리기를 거부하는 '글로벌 사우스(Global South, 개발도상국 진영)'로 쪼개지는 결정적 계기가 되었습니다.
이제 무역은 이윤이 아니라 '친구(동맹) 사이에서만' 이루어집니다. 예를 들어, 저렴한 러시아산 파이프라인 가스 대신 비싸고 환경 오염이 심한 미국산 액화천연가스(LNG)를 수입하는 식입니다. 경제성보다 '공급망 안보'가 최우선 가치가 된 것입니다.
4. 통제와 제재의 무기화
무력이나 영토의 크기보다 호르무즈, 수에즈, 파나마 운하 같은 주요 무역로(흐름)를 통제하는 능력이 권력의 핵심이 되었습니다.
과거 세계화를 상징하던 단어들(자유무역, 협력, 상호 이익)은 사라지고, 이제는 제재, 엠바고, 보호무역주의, 전략적 자율성, 주권과 같은 단어들이 그 자리를 차지했습니다. 세계화 자체가 사라진 것이 아니라, 분쟁과 갈등이라는 시대정신에 맞춰 완전히 변형된 것입니다.
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