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Le Monde Afrique Culture & Style d'Afrique
« Malentendues », d’Azza Filali, campe des portraits féminins aussi riches qu’attachants
「말랑땅뒤(Malentendues), 아자 필랄리, 여성 인물들의 풍경을 풍부하고도 매력적으로 그려내다
LE LIVRE DE LA SEMAINE. L’autrice tunisienne dresse un panorama de la condition des femmes, soulignant la parité des difficultés et des trajectoires de ces dernières.
이번 주의 책. 튀니지 작가가 여성들의 처지를 한눈에 보여주며, 그들이 겪는 어려움과 삶의 궤적이 얼마나 서로 비슷한지를 드러낸다
Par Kidi Bebey
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/03/17/malentendues-d-azza-filali-campe-des-portraits-feminins-aussi-riches-qu-attachants_6222520_3212.html
Publié le 17 mars 2024
Un local, des chaises, un peu de thé et quelques téléphones à offrir aux premières arrivées, c’est avec ce dispositif que Emna, la petite quarantaine, avocate venue de Tunis, espère appâter le chaland. Nous sommes à Djerba, île connue pour son beau soleil, ses petits villages, ses plages et ses hôtels où il fait bon séjourner même si les touristes se font rares.
작은 공간, 의자들, 약간의 차, 그리고 가장 먼저 오는 이들에게 나눠 줄 휴대전화 몇 대. 엠마가 사람들을 끌어모으기 위해 마련한 장치는 바로 이것이다. 그녀는 튀니스에서 온 변호사로, 이제 갓 마흔을 넘긴 나이다. 장소는 제르바로, 햇살이 아름답고 작은 마을들과 해변, 그리고 머물기 좋은 호텔들로 유명한 섬이다. 관광객은 예전만 못하지만 말이다.
Dans ce décor de carte postale, l’avocate en mission pour l’Union européenne a posé ses valises. Elle a deux mois pour « sensibiliser les femmes à leurs droits civiques, comme disposer d’une carte d’identité, aller voter, ne pas être malmenées par les hommes… » et rédiger un rapport en vue d’un plan d’aide plus large destiné à toutes les Djerbiennes.
이 엽서 같은 풍경 속에서, 유럽연합의 임무를 띠고 온 이 변호사는 짐을 풀었다. 그녀에게는 두 달이 주어졌다. “여성들에게 신분증을 갖는 권리, 투표권, 남성들에게 함부로 대우받지 않을 권리 같은 시민적 권리를 알리고… 더 큰 지원 계획을 위한 보고서를 작성하는 것”이 임무다. 그 지원은 제르바의 모든 여성들을 대상으로 한 것이다.
Le roman s’intitule Malentendues. Et, en effet, très vite Emna comprend que son enquête est à ranger parmi ces beaux concepts pensés au loin dans les bureaux des organisations internationales, mais qui s’avèrent de fausses bonnes idées une fois sur le terrain. A Tezdaïne, les femmes ne sont pas dupes. Certaines se moquent du projet : « Et tu t’es tapée toute la route pour leur dire ça ? Mais elles n’en ont rien à foutre de tes histoires, elles vivent leur vie ! Et puis, avec ce qu’elles expédient comme boulot, elles n’ont pas le temps de causer… »
소설의 제목은 **《말랑땅뒤》**이다. 실제로도, 에므나는 곧 자신이 맡은 조사가 멀리 떨어진 국제기구의 사무실에서 생각해낸 ‘아름다운 개념들’에 불과하며, 현장에 와 보면 그럴듯한 착상이 오히려 헛된 좋은 의도에 지나지 않음을 깨닫게 된다. 테즈다인에서 여성들은 순진하지 않다. 어떤 이들은 이 계획을 비웃는다. “그 먼 길을 와서 그걸 말해주려고 했다고? 저 사람들한텐 네 얘기 따위 아무 의미도 없어. 자기 삶을 살아가기도 바쁜데! 게다가 그들이 해내는 일도 얼마나 대충인데… 말을 꺼낼 시간도 없지…”
Chez d’autres, il provoque la colère : « Vous devez faire partie de ces nanas qui ont des diplômes et du temps à perdre… Comment les appelle-t-on déjà ? Ah oui, la société civile ! Vous me rappelez celles qui nous ont rendu visite, il y a près d’un an : jeans serrés, comme vous, lunettes de soleil campées sur leurs cheveux méchés de blond, parlant arabe comme si elles avaient une patate chaude dans la bouche. Elles nous ont interrogées sur notre travail aux champs, nos horaires, notre paie. Elles notaient ce que nous disions pour transmettre aux intéressés, qu’elles ont prétendu ! Mais les intéressés n’ont pas été preneurs et nous n’avons rien vu venir. »
다른 이들은 분노를 드러낸다. “당신도 학위나 있고 시간이나 남아도는 그런 여자들 무리에 속한 거겠지… 그들을 뭐라고 부르더라? 아, 맞다. 시민사회! 당신은 거의 1년 전 우리를 찾아왔던 그 여자들을 떠올리게 해. 몸에 붙는 청바지, 너처럼, 금발로 염색한 머리 위에 선글라스를 걸치고, 입엔 뜨거운 감자라도 문 듯한 아랍어로 말하면서 말이야. 그들은 우리에게 밭일, 노동시간, 임금에 대해 질문했어. 우리가 한 말을 적어 가면서 나중에 관계자들에게 전달하겠다고 했지. 하지만 그 ‘관계자들’은 관심도 없었고, 우리는 결국 아무것도 얻지 못했어.”
Une tonalité mezzo voce 나직한 어조
Il faut du temps et de la patience à Emna pour voir émerger un à un les véritables problèmes : traditions pesantes, impossible autonomie financière, spoliation d’héritage, inanité ou violence des relations conjugales… Une détresse générale s’exprime chez toutes ces femmes, d’autant plus dure à vivre qu’elle demeure soigneusement cachée derrière un « conformisme social, plus lourd qu’une chape de plomb ». Face à pareille situation, la question des droits civiques paraît totalement dérisoire.
엠마는 진짜 문제들이 하나씩 드러나기까지 시간과 인내가 필요하다. 전통의 무게, 불가능한 경제적 자립, 상속 재산의 박탈, 텅 비었거나 폭력적인 부부 관계 같은 것들이다. 이 여성들 모두가 겪는 절망은 일반적이면서도, ‘납덩이 같은 사회적 순응’ 뒤에 조심스럽게 숨겨져 있어 더 견디기 어렵다. 이런 상황 앞에서 시민권의 문제는 전혀 본질적이지 않은 것처럼 보인다.
Quant à Emna, les confidences des femmes finissent immanquablement par engendrer en elle des questionnements sur sa propre vie. Là aussi, l’état des lieux est affligeant : un métier dont elle ne parvient pas à vivre, un mari dépressif qui laisse son couple se déliter en comptant malgré cela sur les ressources financières de sa femme transformée en garde-malade…
엠마 역시 여성들의 고백을 듣다 보면 결국 자기 삶을 되돌아보게 된다. 그녀의 삶도 마찬가지로 암담하다. 제대로 살아갈 수 없을 만큼 보수가 낮은 직업, 우울증에 빠져 부부 관계를 서서히 무너뜨리면서도 여전히 아내의 경제적 자원에 의존하는 남편, 간병인처럼 변해버린 삶…
Emna a besoin d’autre chose, mais n’ose pas le penser : « Vivre ? On ne m’a sans doute pas fourni le bon mode d’emploi », soupire-t-elle. Il lui suffirait pourtant de changer quelque peu sa perspective, en s’intéressant par exemple à Lotfi, cet homme aussi charmant qu’intéressant rencontré lors de son arrivée à Djerba. Mais il lui faudrait avoir l’audace de braver les on-dits sur « cette île qui est une immense prunelle, à laquelle rien n’échappe ».
엠는 다른 무언가가 필요하지만, 아직 그것을 생각해낼 용기가 없다. “삶이라고? 누군가 나한테 잘못된 사용설명서라도 건넸나 봐.” 그녀는 한숨짓는다. 사실 그녀에게는 관점을 조금만 바꾸면 될 뿐이다. 예컨대 도착하자마자 만난, 매력적이면서도 흥미로운 남자 로트피에게 눈길을 돌려보는 것처럼. 하지만 그러려면 “이 섬은 아무것도 놓치지 않는 거대한 눈동자와 같다”는 소문들을 무릅쓸 용기가 있어야 한다.
La tonalité mezzo voce de ce roman, subtile signature de l’écrivaine Azza Filali dont c’est le quinzième ouvrage, permet une entrée en douceur dans l’intrigue. A l’image de Houria et des autres femmes qui, une à une, poussent la porte du local d’Emna, la teneur des sujets abordés gagne en importance et en gravité.
아자 필랄리 특유의 세련된 서정성은 이 소설에 아주 부드럽게 들어갈 수 있게 해 준다. 엠마의 방에 한 사람씩 들어오는 우리아와 다른 여성들처럼, 다뤄지는 주제들은 점점 더 중요하고 더 무거운 문제로 커져 간다.
L’autrice nous conduit ainsi à un panorama de la condition des femmes, soulignant la parité des difficultés et des trajectoires de ces dernières, ainsi que le fatalisme qui finalement s’empare de toutes, les poussant à accepter leur sort plutôt qu’à se révolter contre le destin. Car la dénonciation des injustices dont elles font l’objet – de leur salaire sous-évalué aux violences qui leur sont infligées – (« Mon mari me bat à chaque fois que j’émets un avis qui l’indispose. ») peut s’avérer une prise de conscience trop forte à supporter, risquant de mener au drame. Azza Filali a aussi la finesse de ne pas rendre Emna, l’intellectuelle tunisoise, supérieure aux autres femmes : elle fait de son héroïne au contraire un être désemparé mais qui, à force de s’interroger, va progressivement s’émanciper.
작가는 이렇게 여성들의 처지에 대한 풍경을 제시한다. 그들의 어려움과 삶의 궤적이 얼마나 서로 대등한지, 그리고 결국 모든 이에게 들이닥치는 체념이 얼마나 강한지를 보여준다. 이들은 자신의 운명에 맞서기보다 오히려 그것을 받아들이도록 밀려난다. 임금의 저평가에서부터 자신들에게 가해지는 폭력에 이르기까지 불의가 고발되는데도 말이다. (“내 남편은 내가 그를 불편하게 만드는 의견을 낼 때마다 나를 때려.”) 때로는 그런 자각이 너무 버거워져 비극으로 이어질 위험도 있다. 아자 필랄리는 또한 튀니스 출신 지식인인 엠마를 다른 여성들보다 우월한 인물로 그리지 않는다. 오히려 그녀를 당황하고 혼란스러워하지만, 끊임없이 자문하는 가운데 점차 스스로를 해방해 가는 존재로 만든다.
Ecrit dans un style fluide où la causticité pointe derrière les apparences, Malentendues offre ainsi au lecteur des portraits féminins aussi riches qu’attachants. Pas de revanche ici, pas de révolution féminine, mais des murmures, une rumeur qui grandit, la solidarité qui s’affirme… et finalement un texte à la teneur bien plus politique qu’il n’en a l’air. Un roman dans lequel se refléteront de très nombreuses femmes de par le monde, en attente désespérée de changement.
유려한 문체에, 겉모습 뒤로 비꼬는 듯한 냉소가 스며 있는 **《말랑땅뒤》**는 독자에게 풍부하고도 매력적인 여성 인물들을 선사한다. 여기에는 복수도, 여성 혁명도 없다. 대신 속삭임이 있고, 점점 커지는 소문이 있고, 형성되어 가는 연대가 있다. 그리고 마침내, 겉보기보다 훨씬 더 정치적인 텍스트가 된다. 이 소설은 전 세계의 수많은 여성들이 자신을 비추어 보게 될 작품이며, 변화에 절망적으로 목마른 이들에게 깊은 울림을 준다.
Malentendues, d’Azza Filali (éd. Elyzad, Tunis, 328 pages).
아자 필랄리의 《말랑땅뒤》 (엘리자드, 튀니스, 328쪽).
Kidi Bebey
위 내용을 번역해줘
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